Même dans un pays en guerre depuis 40 ans, le double attentat d’hier a choqué, en particulier l’attaque d’une maternité à Kaboul, tuant deux bébés et 15 mères et infirmières. La paix reste illusoire dans ce pays-martyr.

Un soldat afghan porte un nouveau-né, rescapé de l’attaque, mardi 12 mai, de la maternité de l’hôpital Dasht-e-Barchi, dans le quartier ouest de Kaboul. L’attaque n’a pas été revendiquée.
Un soldat afghan porte un nouveau-né, rescapé de l’attaque, mardi 12 mai, de la maternité de l’hôpital Dasht-e-Barchi, dans le quartier ouest de Kaboul. L’attaque n’a pas été revendiquée. © AFP / STR / AFP

Ce n’est pas un virus invisible, mais bien des hommes qui ont commis ces abominables crimes. 

Hier matin, ils ont attaqué un grand hôpital d’un quartier à l’ouest de Kaboul, la capitale afghane, et ont ouvert le feu dans toutes les salles, et en particulier dans la maternité. Le bilan est terrible : deux bébés tués, ainsi que 15 autres personnes, des mères venant d’accoucher, des infirmières…

Quelques heures plus tard, dans l’est du pays, un kamikaze s’est fait exploser au passage des funérailles d’un chef de la police locale. Là encore, bilan très lourd : 24 morts.

Ces attentats, et surtout l’attaque de cette maternité gérée par l’ONG Médecins sans frontières, ont suscité un choc, même dans un pays qui a connu tant d’atrocités. 

Shaharzad Akbar, la Présidente de la Commission indépendante des droits de l’homme d’Afghanistan, s’est émue du fait que le premier son que les nouveaux nés de cette maternité auront entendu est le bruit des rafales de kalachnikov. « Leur vie, comme la nôtre, continuera-t-elle à être façonnée par la guerre », a-t-elle demandé sur Twitter, en craignant sans doute que la réponse soit positive.

Qui est responsable de ces crimes ? Personne n’a encore revendiqué ces deux attentats. Les talibans islamistes se sont même empressés de dire qu’ils n’étaient pas responsables, ce qui en soit est significatif.

Alors qui ? Reste alors le nouveau venu, l’État islamique, Daech ! Oui, défait en Syrie et en Irak, le groupe s’est métastasé en Asie et en Afrique, et en particulier en Afghanistan où il compterait plusieurs milliers de combattants. Il a déjà commis, et revendiqué, de nombreux attentats dans une surenchère avec les talibans. Il s’en est notamment pris à la minorité hazara, considérée comme « hérétique », celle-là même dont le quartier a été visé hier à Kaboul.

Cette violence extrême survient dans un contexte où une certaine forme de paix semblait à portée de la main. C’est en mars dernier seulement, ça semble déjà loin, que les Américains signaient un accord avec les talibans, ouvrant la voie au retrait de leurs dernières troupes d’Afghanistan.

Ce processus de paix s’est enlisé sitôt signé. La première étape du processus devait être la libération de prisonniers talibans, mais le gouvernement de Kaboul, marginalisé par les Américains, a refusé.

Les Afghans avaient célébré cette hypothétique paix, tout en étant inquiets d’un retour en force des talibans à Kaboul, avec tout ce que cela signifie, en particulier pour les femmes.

Aujourd’hui, ces deux attentats viennent rappeler, après tant d’autres, que la paix est illusoire ; tout ce que veut Donald Trump, c’est retirer ses troupes avant l’élection, rien n’est réglé pour l’avenir politique de l’Afghanistan, laissé à ses démons.

Cette violence ferait presque oublier le coronavirus qui se répand en Afghanistan aussi. 5000 cas officiellement, sans doute beaucoup plus. Mais les tueurs de la maternité de Kaboul rendent le virus presque inoffensif à côté de leur barbarie.

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