C’est l’imbroglio, la confusion à l’Onu et dans les trois capitales du camp de la guerre, Washington, Madrid et Londres. Mardi soir, c’est Donald Rumsfeld, le secrétaire américain à la Défense qui s’auto-démentait. Non, il n’avait pas dit que les Etats-Unis pourraient se passer de la Grande-Bretagne pour lancer leur offensive contre l’Irak ou, plutôt, il l’avait dit mais ce n’était pas ce qu’il voulait dire. Malaise à Londres, flottements, interrogations de la presse, mais on n’avait encore rien vu. Hier soir, c’était au tour du ministère espagnol des Affaires étrangères de démentir sa propre ministre, Ana Palacio, qui avait déclaré quelques heures plus tôt, que les Etats-Unis, la Grande-Bretagne et l’Espagne pourraient retirer leur projet de résolution pour éviter une épreuve de force au Conseil de sécurité, le veto français et une crise des Nations-Unies. Cette déclaration avait été faite, pas de doute, mais ce n’est pas ce que la ministre avait voulu dire, et pour cause car pendant ce temps, à New York, six heures de moins, les Britanniques faisaient circuler de nouveaux amendements aux amendements de leur projet de résolution – bref, se battaient pour tenter de faire basculer les indécis. Les Britanniques faisaient tout pour réunir une majorité en faveur de la guerre mais les Américains haussaient, eux, le ton, se montraient de plus en plus irrités et intraitables, multipliant si bien les déclarations dures qu’ils ruinaient tous les efforts des Britanniques. Stupeur dans les couloirs de l’Onu, nervosité générale, et tout ca, pour quoi ? Pour de vraies raisons. Dans cette mauvaise comédie, Tony Blair, tout d’abord, joue sa survie politique. Si le Conseil de sécurité ne vote pas l’entrée en guerre et que le Premier Ministre se joint, malgré tout, à l’offensive américaine, il y a de grandes chances que ses propres députés se mobilisent contre lui, essaient de le mettre en minorité aux Communes ou de convoquer un Congrès extraordinaire du parti Travailliste. Le danger est tel pour Tony Blair qu’il lui faut à tout prix obtenir une majorité au Conseil de sécurité afin de pouvoir plaider devant les élus travaillistes que sans le veto français, l’Onu suivait et qu’il y avait donc un consensus international pour la guerre. Seulement voilà, pour obtenir cette majorité, il lui faut convaincre les six pays indécis et faire, pour cela, des concessions que les Etats-Unis refusent. Ecartelé, Tony Blair a donc fait circuler un texte exigeant de Saddam Hussein qu’il aille se déclarer hors-la-loi à la télévision irakienne, se faire hara-kiri en public, et ces exigences sont si peu réalistes que les indécis ne suivent pas. Les Etats-Unis, pour leur part, ne veulent plus entendre parler de tractations. Ils ne veulent plus de nouveaux délais car ils s’enferrent chaque jour un peu plus et ne peuvent plus se soucier du sort de leur ami britannique. Quant à Mme Palacio, elle a compris que le Conseil ne voterait pas la guerre, que la France était sérieuse avec son veto et qu’il vaudrait donc mieux ne pas demander à l’Onu de se prononcer pour aller ensuite violer sa décision. L’Espagne a des secondes pensées et la Grande-Bretagne, la migraine.

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