Qu’il les ait directement ordonnés ou seulement suscités par sa politique, les crimes de Slobodan Milosevic auront été innombrables. Mort samedi avant la fin de son procès devant le Tribunal pénal international pour l’ex Yougoslavie, Milosevic était couvert de sang mais comment cet homme, ambitieux mais sans passions, retors mais sans génie, longtemps adulé par la Serbie mais sans charisme, était-il devenu l’un des grands bouchers de la seconde moitié du XX ième siècle ? On ne peut pas le comprendre sans se remémorer ce que fut la Yougoslavie, ensemble incertain créé après la Première Guerre mondiale sur les décombres des empires ottoman et austro-hongrois, démembré par l’Allemagne nazie et recréé, après la Seconde Guerre mondiale, par le maréchal Tito, chef de la résistance communiste. La Yougoslavie réunissait, entre autres, des Croates et des Serbes, des Albanais et des Slovènes, des peuples que tout différenciait, les religions, le nombre et l’Histoire la plus récente aussi car le régime croate mis en place par les nazis avait massacré les Serbes durant la guerre. Après l’échec de la première Yougoslavie, conduite par une monarchie serbe et centralisatrice, la constitution de la Yougoslavie communiste était un pari qui tenait au prestige de Tito, à la domination politique exercée par la Ligue des communistes et au fédéralisme, au respect de l’identité des Républiques constituant la Fédération de Yougoslavie. La Yougoslavie communiste avait su créer des Yougoslaves mais, la mort de Tito, en 1980, va coïncider avec le début de la fin du communisme, avec la naissance de Solidarité en Pologne, et avec, également, le réveil du nationalisme albanais au Kosovo, région serbe majoritairement peuplée d’Albanais et à laquelle Tito avait accordé une autonomie. En dix ans, tous les ciments yougoslaves disparaissent ou s’effritent, et plus le communisme se meurt en Europe, plus les tentations centrifuges grandissent en Yougoslavie. Chacune des Républiques veut à la fois rompre avec le communisme et la Serbie mais le problème est que ces républiques ne sont en rien homogènes et que toutes comptent d’importants minorités serbes qui ne veulent pas devenir des minorités nationales dans des Etats indépendants de la Serbie. Toutes appellent la Serbie à l’aide et l’homme qui les entendra est Slobodan Milosevic qui décide de troquer le communisme contre le nationalisme et de réunir tous les Serbes de Yougoslavie dans une grande Serbie dont la formation demande d’effacer les frontières intérieures tracées par la Yougoslavie communiste. C’est ainsi que commencèrent les guerres du partage yougoslave, les nettoyages ethniques et les massacres dont les Serbes eurent la plus grande part parce qu’ils étaient les plus forts mais dont personne ne fut innocent et notamment pas les dirigeants indépendantistes croate, bosniaque et albanais. En elle-même, la revendication de la Grande Serbie n’était pas illégitime. Elle ne l’était, en tout cas, pas plus que les autres nationalismes yougoslaves, mais les démocraties ont refusé de l’admettre et, ainsi, exacerbé les guerres car, au lieu du nationalisme serbe, elles y ont vu la résistance d’un mini empire communiste.

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