C’était inévitable mais est-ce logique ? Depuis que le New York Times avait révélé, le week-end dernier, que le gouverneur de l’Etat de New York, le démocrate Eliot Spitzer, était le « client N°9 » d’un réseau d’un call girls, la suite de l’affaire était claire. Avec sa femme à ses côtés, le gouverneur a tenté, lundi, d’éviter l’inévitable en présentant des excuses publiques à sa famille pour un « manquement » qu'il n'a pas défini. La presse s’est déchaînée. Un sondage indiquait, dès mardi, que 70% des new-yorkais considéraient qu’il devait démissionner et, hier c’était fait, sans que quiconque ou presque, aux Etats-Unis, ne discute le bien-fondé de ce dénouement. Pour l’Amérique – je l’ai entendu dans la bouche d’un de ses plus célèbres éditorialistes – « un homme qui ne trouve pas son équilibre dans son couple ne mérite pas la confiance de ses électeurs ». L’adultère relèverait, en quelque sorte, d’un déséquilibre mental et le cas d’Eliot Spitzer serait encore plus pendable puisqu’il s’est rendu coupable, comme client, de complicité avec cette réification des femmes qu’est la prostitution alors même, l’hypocrite, qu’il l’avait combattue, en en démantelant des réseaux lorsqu’il était procureur général de New York. Inutile, en un mot, d’essayer de faire valoir que beaucoup de grands hommes et de grandes femmes, d'Etats parfois, n'ont pas été des modèles de fidélité ; que l’équilibre d’un couple ne concerne que lui ou que les réseaux de call girls ne relève pas totalement de la même infamie que le trafic d’être humains. Cela vous attirera vite des remarques acerbes sur la permissivité des Français mais il y a, tout de même, quelques paradoxes dans ce puritanisme américain. Le premier est qu’on peut avoir emmené son pays en guerre sous des motifs fallacieux – chose un peu plus grave qu’un adultère – sans qu’on vous demande votre démission et, même, en étant réélu. Le deuxième est qu’un Président peut, contre toute morale et contre toutes les conventions internationales, défendre ouvertement l’usage de la torture sans risquer plus que des éditoriaux indignés. Et le troisième est que les « comportements inappropriés » (c’est ainsi qu’on dit) ne coûtent pas toujours leur poste aux élus américains. Liaisons hétérosexuelles ou homosexuelles, certains y survivent à la condition – croit-on comprendre – de ne pas s’être fait trop d’ennemis, c’est-à-dire d’être suffisamment falots, contrairement à ce gouverneur. Surnommé le « shérif de Wall Street » depuis qu’il s’était attaché, comme procureur général, à lutter contre les fraudes financières, Eliot Spitzer avait, entre autres, fait payer 100 millions de dollars à un agent de changes pour avoir conseillé à ses clients l’achat de titres qu’il savait à risque. La même année, en 2002, plusieurs banques et courtiers avaient du acquitter près d’un milliard et demi d’amendes pour des malversations diverses. Un géant de la pharmacie avait également eu affaire à lui (14 millions) pour avoir tenté de retarder la mise en circulation de produits concurrents qui auraient réduit ses bénéfices. Promis à un scrutin présidentiel, le gouverneur n'était pas indifférent. Sa chute en réjouit plus d'un.

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