Ce n’est qu’un épisode d’une trop longue guerre mais il est riche d’enseignements. Après quatre jours d’échanges de tirs entre Israël et la Bande de Gaza, un cessez-le-feu est intervenu cette nuit. Immédiatement entré en vigueur, il n’a, pour l’instant, pas été violé mais, outre qu’il est fragile, ces journées marquent une profonde évolution de la donne israélo-palestinienne.

Le premier changement est que les soulèvements populaires de l’année 2011 ont privé Israël de deux de ses interlocuteurs arabes. Comme toujours, comme avant, ce cessez-le-feu a été négocié par l’Egypte qui avait reconnu Israël dès 1979. Toujours en charge de l’exécutif malgré la chute d’Hosni Moubarak, l’armée égyptienne est ainsi restée fidèle à son rôle d’intermédiaire entre Israéliens et Palestiniens mais, hier, avant l’arrêt des hostilités, le Parlement élu à l’automne dernier et dominé par les islamistes avait adopté à l’unanimité une résolution demandant l’expulsion de l’ambassadeur israélien au Caire et le rappel de l’ambassadeur égyptien à Tel Aviv.

Cette résolution appelait également à l’arrêt des livraisons de gaz égyptien à Israël, demandait au gouvernement de « revoir toutes ses relations et accords » avec Tel Aviv et déclarait que « l’Egypte de la révolution ne sera jamais l’amie, la partenaire ou l’alliée de l’entité sioniste que nous considérons comme le premier ennemi de l’Egypte et de la nation arabe ».

En recourant à l’expression « d’entité sioniste », le Parlement égyptien en est, de fait, revenu, à la négation de l’existence d’Israël et, parallèlement, la Tunisie, par la voix de son président, a condamné les « crimes sionistes contre des civils désarmés » et exprimé son « soutien à ses frères de Gaza » avec une vigueur signalant un tournant de sa diplomatie.

Les Israéliens ne peuvent plus tabler sur leurs relations avec ces deux pays et une ère s’achève là, celle dans laquelle un ennemi commun, l’islamisme, scellait une étroite connivence entre Israël et les dictatures arabes. Ce premier changement est de taille et le second est que ces quatre journées viennent de montrer ce qui pourrait se passer si Israël allait bombarder les sites nucléaires iraniens, comme il menace de le faire.

Il avait suffi, vendredi, d’un raid israélien contre le chef d’un groupe radical palestinien soupçonné de préparer un attentat pour que 150 roquettes et obus de mortier soient tirés de Gaza contre Israël et déclenchent l’intervention de l’aviation israélienne. Soixante quinze pour cent de ces tirs ont été interceptés par le « Dôme de fer », le système de protection antimissile israélien, mais un quart d’entre eux ont atteint leurs cibles, dont un à 40 kilomètres de Tel Aviv.

S’il ne s’agissait plus, demain, d’un assassinat ciblé mais d’une offensive contre l’Iran, les tirs ne partiraient plus seulement de Gaza mais également du Sud-Liban contrôlé par le Hezbollah. Il ne fait alors pas de doute que Tel Aviv serait sérieusement touché, que l’aviation israélienne interviendrait au Liban et qu’une vraie guerre pourrait embraser, par ricochets, tout le Proche-Orient car Israël y est beaucoup plus isolé qu’avant le printemps arabe.

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