La France, la Grande-Bretagne et les Etats-Unis entendent désormais apporter un appui militaire à l’insurrection syrienne. John Kerry, le nouveau secrétaire d’Etat américain, avait été le premier à le faire comprendre lorsqu’il avait indiqué, à Paris, il y a quinze jours, que son pays et la France souhaitaient « accélérer la transition politique » à Damas.

Il n’en avait pas dit plus mais le Washington Post avait parallèlement révélé que les Etats-Unis allaient fournir d’avantage d’aide aux zones libérées par l’insurrection – une aide humanitaire mais également militaire. Non seulement ces informations n’avaient pas été démenties mais le Premier ministre britannique, David Cameron, vient de déclarer hier que, si l’ensemble des pays Européens n’arrivaient pas à se mettre d’accord pour modifier l’embargo sur les livraisons d’armes à la Syrie, c’est-à-dire pour revenir sur leur refus d’armer l’insurrection, la Grande-Bretagne « pourrait être obligée d’agir à sa façon ».

Cela revenait à dire que Londres n’était plus loin de livrer des armes aux insurgés en se passant, pour cela, de l’unanimité européenne et Laurent Fabius, le chef de la diplomatie française, n’a rien dit d’autre hier, aussi, quoiqu’en termes plus choisis, devant la Commission des Affaires étrangères de l’Assemblée nationale. « Ce n’est pas un mystère que la France réfléchit à aller plus loin dans la levée de l’embargo », a-t-il déclaré après avoir plusieurs fois souligné ces derniers jours qu’il n’était plus acceptable que le régime de Bachar al-Assad reçoive de « puissantes armes russes et iraniennes » alors que les insurgés ne bénéficient pas, eux, d’armements équivalents.

Bien décidée à avoir une « interprétation large » des résolutions européennes autorisant une « assistance technique » aux insurgés, la France s’apprête en fait, à leur livrer des armes qui pourraient même être ces missiles sol-air dont ils ont besoin pour contrer les bombardements dont les zones et les quartiers libérés sont quotidiennement victimes.

Une ligne de fracture apparaît ainsi entre les pays occidentaux.

Allemagne et Suède en tête, les uns continuent à considérer que ces livraisons d’armes éloigneraient toute perspective de règlement négocié en amplifiant les combats et pourraient également profiter aux franges djihadistes de l’insurrection syrienne ainsi qu’à leurs amis présents sur d’autres terrains. Les autres, France, Grande-Bretagne et Etats-Unis, mais pas seulement, estiment au contraire qu’il est possible d’éviter que ces armes n’atterrissent entre de mauvaises mains et que la seule manière, surtout, d’amener le régime à la table des négociations est de lui imposer un rapport de forces militaire lui ôtant tout espoir de l’emporter par la force.

Entre Occidentaux, le débat est vif mais le choix de Paris, Londres et Washington paraît maintenant fait. Sans, pour autant, s’y associer, l’Allemagne devrait finir par en prendre son parti et cela d’autant plus que Français et Américains sont en discussions avec la Russie pour tenter de l’amener à convaincre Damas de désigner des négociateurs qui seraient acceptables pour l’insurrection.

L'équipe

Mots-clés :
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.