Trois nouveaux foyers de tension se développent dans les mondes musulmans. La Libye, d’abord, plonge toujours plus dans l’anarchie depuis que son Premier ministre a du se réfugier en Europe quelques heures après avoir été destitué, mardi, par le Parlement de son pays. Il lui était reproché de n’avoir pas su empêcher un pétrolier battant pavillon nord-coréen de gagner les eaux internationales alors qu’il venait de charger illégalement du brut dans un port tenu par les autonomistes des régions de l’est. Rocambolesque, l’affaire illustre l’éclatement du pays entre ses grandes régions qui veulent se gouverner elles-mêmes et sont toutes aux mains de milices autonomistes ou politiques qui font la loi dans le pays. Certaines sont islamistes et d’autres, jihadistes. D’autres encore sont plus modérées mais toutes se prévalent de leur rôle dans la chute de Mouammar Kadhafi pour exiger responsabilités et prébendes et se les accorder en se taillant des fiefs. Pays à l’unité aussi artificielle que fragile, la Libye pourrait bien ne pas y survivre en tant qu’Etat unitaire. La Libye est désormais menacée d’éclatement sans qu’il y ait quiconque, à l’intérieur ou l’extérieur de ses frontières, pour y mettre bon ordre.La Turquie, ensuite, renoue avec les manifestations de masse contre son Premier ministre, Tayyip Erdogan, depuis la mort, en début de semaine, d’un adolescent grièvement blessé lors des affrontements de la Place Taksim au printemps dernier. Ankara est aussi touchée qu’Istanbul et la Turquie s’enfonce ainsi dans de profondes divisions entre au moins cinq camps. Affaibli mais toujours fort de nombreux partisans, il y a le Premier ministre, un islamo-conservateur qui a présidé depuis 12 ans à une spectaculaire croissance économique mais glisse dans l’autocratisme. Face à lui, il y a la puissance obscure de la confrérie Gülen, sorte de franc-maçonnerie musulmane très implantée dans tous les rouages de l’Etat et qui lui a déclaré la guerre en dénonçant la corruption de son entourage et rendant publics des enregistrements très compromettants pour lui. Entre la confrérie et le Premier ministre, c’est une bataille à mort qui s’est engagée et que contemplent, perplexes, les vieux partis laïcs et les nouvelles classes moyennes, celles de la Place Taksim qui aspirent à l’Europe et à la modernisation de leur société. Et puis il y a maintenant les Alévis, cette importante minorité de musulmans très libéraux à laquelle appartenait l’adolescent dont la mort a suscité ces nouvelles manifestations. L’instabilité gagne la Turquie et, troisième foyer de tension, la rupture est consommée depuis une semaine entre le Qatar et les autres monarchies du Golfe qui lui reprochent son soutien aux Frères musulmans et le pluralisme d’Al Djazira, la chaîne panarabe créée par l’émirat. Les monarchies ont rappelé leurs ambassadeurs à Doha. Ce sont deux conceptions du conservatisme qui s’affrontent là : le statu quo contre un évolutionnisme sous contrôle financier.

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