Les bonnes nouvelles sont rares au Proche-Orient mais en voilà une. Après cinq jours d’offensive, l’armée irakienne est maintenant en passe de reprendre la ville de Tikrit aux jihadistes de l’Etat islamique qui en avaient pris le contrôle en août dernier.

Les jihadistes tenaient encore, hier soir, le centre de cette agglomération de 140 000 habitants située à 150 kilomètres au nord de Bagad. La progression de l’armée était freinée par des snipers et les mines placées sur les chaussées mais cette bataille est virtuellement gagnée et la route de Mossoul, deuxième ville du pays également tombée aux mains de l’Etat islamique l’été dernier, est maintenant ouverte aux forces gouvernementales dont elle est l’objectif.

Mossoul compte plus d’un million et demi d’habitants. La bataille y sera autrement plus difficile à mener qu’à Tikrit car il faudra la reprendre rue par rue pour limiter le nombre des victimes civiles en admettant que l’armée irakienne s’en soucie. La bataille de Mossoul menace d’être absolument épouvantable mais l’Etat islamique est maintenant sur la défensive car, après que les bombardements de la coalition ont arrêté sa progression en interdisant ses mouvements, ce sont aujourd’hui ses bastions qu’il doit défendre pied à pied.

On ne peut que s’en réjouir mais ce tournant n’en est pas moins un moment de vérité pour l’Irak et la région car la contre-offensive en cours n’est pas seulement menée par l’armée irakienne. Ce sont essentiellement des officiers iraniens et des milices chiites irakiennes placées sous leurs ordres qui sont à la manœuvre et toute la question est de savoir comment ces forces chiites se comporteront avec les populations sunnites de ces villes, si elles les maltraiteront ou non et tenteront ou pas de les placer sous contrôle chiite au lieu de se contenter de les libérer de l’Etat islamique.

On verra. On ne sait pas, mais de la réponse à cette question dépendent beaucoup de choses pour l’avenir du Proche-Orient car, derrière le combat contre les jihadistes sunnites de l’Etat islamique, c’est également tout le rapport de forces entre sunnites et chiites qui se joue, à l’échelle de la région.

L’Etat islamique n’avait en effet pu connaître une telle et si rapide progression l’année dernière que parce que les Démocraties occidentales avaient refusé d’aide la population syrienne, majoritairement sunnite, à se débarrasser du régime Assad, allié de l’Iran chiite et lui-même issu d’une branche du chiisme et parce que le gouvernement irakien, contrôlé par la majorité chiite de ce pays, avait systématiquement marginalisé sa minorité sunnite.

C’est ainsi qu’un très grand nombre de sunnites irakiens et syriens avaient fait front derrière l’Etat islamique par réflexe de survie et ce front ne sera réellement défait que si la majorité chiite irakienne, le régime de Damas et l’Iran surtout, l’ensemble du monde chiite, donne des assurances aux sunnites, tant en Irak qu’en Syrie. Le reflux de l’Etat islamique est une étape nécessaire, une indispensable victoire contre une abominable barbarie, mais le Proche-Orient ne sortira pas du chaos sans un modus vivendi entre chiites et sunnites dont on ne voit pas encore la moindre esquisse.

L'équipe

Mots-clés :
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.