La Commission européenne a produit dix propositions pour les rapports EU-Chine, à la veille d’une visite de Xi Jinping en Italie et en France, alors que les 28 sont divisés sur l’influence chinoise.

Le Président chinois Xi Jinping et son épouse Peng Liyuan arrivent à Berlin, le 4 juillet 2017, à l’occasion d’un sommet du G20. Le numéro un chinois revient en Europe, en Italie et en France, à la fin du mois de mars 2019.
Le Président chinois Xi Jinping et son épouse Peng Liyuan arrivent à Berlin, le 4 juillet 2017, à l’occasion d’un sommet du G20. Le numéro un chinois revient en Europe, en Italie et en France, à la fin du mois de mars 2019. © AFP / Wolfgang Kumm / dpa / AFP

L’Europe tente enfin de définir des positions communes face à la Chine. Il était temps, car si l’Union européenne à 28 ou 27 a encore du sens, c’est justement pour faire face à des enjeux sur lesquels le niveau national n’est plus la bonne réponse ; qu’il s’agisse des multinationales du numérique ou, ici, de l’émergence de la puissance chinoise. 

Or ces dernières années, dans un monde qui ressemble de plus en plus à un face à face sino-américain, l’Europe a fait du chacun pour soi, et la Chine en a profité pour faire son marché. Ca peut sembler un enjeu éloigné, mais la question posée est simplement de savoir si, au XXI° siècle, l’Europe restera un ensemble capable de défendre ses intérêts, économiques, sociaux, écologiques. Ce n’est pas rien.

Hier, donc, la Commission européenne a publié une liste de dix propositions sur les relations entre l’Union européenne et la Chine, qui seront discutées dès la semaine prochaine au niveau des chefs d’État et de gouvernement. 

C’est la première fois qu’une telle concertation prend cette forme et donne un sentiment d’urgence et de gravité à l’exercice. D’autant qu’il se déroulera 24 heures avant l’arrivée du président chinois Xi Jinping en Europe, d’abord en Italie, puis à Monaco et en France. Quelques jours plus tard, le sommet annuel UE-Chine se tiendra à Bruxelles. Bref, une frénésie d’échanges à un moment charnière.

Dans la préparation de la tournée de Xi Jinping, une division de l’Europe est apparue, avec la décision de l’Italie de signer un Mémorandum d’accord entre Pékin et Rome sur les nouvelles « Routes de la soie » chinoises. La France, qui reçoit le président chinois après l’Italie, refuse un tel accord, tout comme l’Allemagne avec qui la concertation est intense sur ce sujet.

C’est une question hypersensible, car les principales économies européennes refusaient jusqu’ici la demande de Pékin de cautionner cette stratégie d’influence chinoise par de tels accords. 

Or l’Italie, en mal d’investissements, rompt ce front du refus, et rejoint les pays d’Europe centrale, la Grèce et le Portugal, qui ont ouvert les portes sans filtre à l’influence chinoise. Ces divisions sont suicidaires avec un pays de la taille de la Chine, qui ne joue pas avec les mêmes règles du jeu que nous. 

La proposition de la Commission ne résoudra pas toutes les contradictions, mais offre un socle de base de positions communes acceptables : elles vont de l’exigence de réciprocité dans les échanges économiques, à une approche commune du risque d’utiliser les équipements du chinois Huawei dans les réseaux 5G européens -sujet brûlant-, ou encore le renforcement du filtrage des investissements chinois sur le continent.

C’est le signe de la place prise par la Chine. Dans la tournée actuelle d’Emmanuel Macron en Afrique de l’Est, par exemple, l’ombre chinoise est omniprésente dans les trois pays visités (Djibouti, Éthiopie, Kenya), économique, politique, et même militaire avec la base chinoise à Djibouti. Les routes de la soie sont tout sauf l’évocation romantique d’un passé lointain…

Pour les Européens, c’est sans doute la dernière chance de se mettre d’accord sur un minimum de stratégie commune alors que se définissent les rapports de force du XXI° siècle. Ils ne doivent pas la laisser passer.

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