En suspendant unilatéralement les vols en provenance d’Europe, Donald Trump a désigné un bouc émissaire pour cacher son impréparation chronique. Mais il n’est pas le seul à avoir des arrières pensées en gérant cette grave crise sanitaire.

 Donald Trump jeudi 12 mars lors d’un entretien avec le Premier ministre irlandais Leo Varadkar à la Maison Blanche.
Donald Trump jeudi 12 mars lors d’un entretien avec le Premier ministre irlandais Leo Varadkar à la Maison Blanche. © AFP / CHIP SOMODEVILLA / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / AFP

Il y a un autre virus dans l’air, dont la transmission d’humain à humain est confirmée, c’est celui du nationalisme.

Le discours de Donald Trump, dans la nuit de mercredi à jeudi, qui a pris les Européens par surprise lorsqu’il a annoncé la suspension unilatérale des vols en provenance de l’espace Schengen, en est la plus belle illustration.

Pris en flagrant délit d’avoir minimisé l’épidémie de coronavirus depuis des semaines, comparé à une simple grippe, le président des États-Unis fait comme toujours : il désigne un bouc émissaire, la Chine source du virus, l’Europe critiquée pour sa gestion de la crise… 

Que les États-Unis prennent des mesures de précaution est parfaitement légitime ; mais que Donald Trump le fasse sans la moindre concertation –« ça fait perdre du temps », a-t-il expliqué hier- et de surcroit en distinguant le Royaume Uni du reste de l’Europe alors que Boris Johnson lui-même reconnait que son pays est sévèrement affecté, voilà de quoi transformer des annonces de santé publique en un show politique pathétique.

Évidemment, Trump est en campagne électorale, et il est incapable de se montrer « présidentiel » quand il le faudrait. Il a surtout caché son impréparation dramatique derrière son slogan « Make America Great Again » appliqué à la médecine : « nous avons le meilleur système de santé au monde », a-t-il proclamé : oui, quand on en a les moyens…

Il était frappant hier de voir que Joe Biden, son probable rival démocrate en novembre prochain, avait justement choisi de « présidentialiser » son intervention sur le coronavirus, l’air de dire aux électeurs : auquel de nous deux faites-vous confiance pour vous protéger ?

Le problème est qu’il n’y a pas que Trump dans cette posture : en fait, pendant l’épidémie, les rivalités idéologiques, les concurrences de système, les arrière-pensées politiciennes, ne disparaissent pas. 

La Chine, qui tente de faire oublier son camouflage initial de l’épidémie à Wuhan, est ainsi passée à l’offensive, forte de son succès relativement rapide. 

Hier, Zhao Lijian, un porte-parole des Affaires étrangères à Pékin, a suggéré dans un tweet que le virus avait pu être introduit en Chine par l’armée américaine, reprenant une théorie complotiste que l’on pensait réservée aux réseaux sociaux.

La Chine met également en scène son aide à l’Italie, avec masques, systèmes respiratoires et experts médicaux envoyés à la rescousse d’un pays européen …qui n’a pas trouvé beaucoup d’aide en Europe justement.

Cette épidémie est assurément une grave épreuve sanitaire. Mais c’est aussi un test politique, et chacun sait qu’il joue gros. Donald Trump sa réélection, les démocraties européennes la preuve de leur résilience quand leurs citoyens se demandent si elles sont à la hauteur ; l’Europe sa raison d’être ; et enfin la puissance montante chinoise, qui veut montrer que c’est elle, désormais qui donne le tempo.

Il est trop tôt pour en tirer le bilan, mais il faut garder cette dimension à l’esprit en observant le théâtre des puissants, car eux y pensent lorsqu’ils gèrent cette crise inédite.

L'équipe
Contact
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.