Le Washington Post croyait savoir, hier matin, que les Etats-Unis disposaient d’un « plan d’urgence » pour empêcher que des armes nucléaires pakistanaises ne tombent aux mains d’al Qaëda. Le Pakistan a aussitôt répondu, par la voix de son ministère des Affaires étrangères, qu’il avait tous les moyens de « défendre ses armes stratégiques ». L’une et l’autre de ces affirmations sont sujettes à caution mais la certitude est, en revanche, qu’on en est là. Le chaos devient tel au Pakistan, puissance islamique de 160 millions d’habitants, dotée de la bombe et minée par une subversion islamiste très proche d’al Qaëda, que ce n’est pas faire de la politique fiction que d’envisager que cet arsenal puisse, un jour, tomber aux mains de réseaux terroristes. Ce n’est pas l’actualité de la semaine, une course contre la montre, mais ce pays tangue si dangereusement au-dessus de l’abîme que les Etats-Unis s’employaient depuis près d’un an à le stabiliser. C’était l’une de leurs premières priorités car les zones tribales, à la frontière de l’Afghanistan, une région que le pouvoir central pakistanais n’a jamais bien contrôlée, sont devenue, dès 2005, la base arrière des taliban, la plateforme à partir de laquelle ils multiplient les coups de main contre Kaboul et les forces de l’Otan. Là-dessus, les écoles coraniques pakistanaises, haut lieu de formation et de recrutement des combattants et kamikazes islamistes, sont entrées en dissidence ouverte l’hiver dernier, et cela jusqu’au cœur même de la capitale. C’était le deuxième sujet d’inquiétude auquel s’en est ajouté un troisième lorsque les classes moyennes se sont mobilisées, au printemps dernier, en défense du Président de la Cour suprême dont le général Musharraf, aux commandes du pays depuis son coup d’Etat de 1999, avait voulu se débarrasser. Sans qu’elles se confondent, la contestation démocratique s’ajoutait à la subversion islamiste et c’est alors que les Américains ont imaginé de promouvoir un compromis entre le général Musharraf et l’ancien Premier ministre Benazir Bhutto. Le premier resterait Président. La seconde prendrait la tête du gouvernement à l’issue des élections de janvier et leur accord scellerait une alliance entre l’armée et les classes moyennes contre les islamistes. Mme Bhutto est rentrée d’exil en octobre mais, le 3 novembre, par crainte de perdre la partie, Pervez Musharraf a proclamé l’état d’urgence et Mme Bhutto et lui sont désormais en opposition frontale. Tout le pays est en ébullition. Les Américains ont obtenu que les élections de janvier soient maintenues mais pas que l’état d’urgence soit levé. Mme Bhutto passe d’une assignation à résidence à l’autre. Son prestige grandit de jour en jour. Elle veut faire maintenant faire tomber la dictature pendant que les Américains, et tous les Occidentaux avec eux, font pression sur le général Musharraf pour qu’il rouvre le dialogue avec elle. C’est l’impasse, du bain béni pour les islamistes – une impasse dont on ne pourrait sortir que si l’état-major décidait d'écarter le général-président. On n’en est pas là et une division de l’armée ne serait pas, non plus, sans dangers.

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