En recevant, cet après-midi, Mikhaïl Saakachvili, Nicolas Sarkozy lui réaffirmera le soutien de la France et de l’Union européenne à « la souveraineté et l’intégrité territoriale de la Géorgie ». C’est un communiqué de l’Elysée qui l’affirmait hier mais, au-delà de cette déclaration de principe, une seule des capitales européennes, celle de la Lituanie, serait réellement prête à subordonner les relations entre l’Union et la Fédération de Russie à la récupération par les Géorgiens de leurs provinces d’Abkhazie et d’Ossétie du Sud dont Moscou a reconnu l’indépendance l’été dernier. Les Européens refusent ce fait accompli. Cela restera leur position mais ils n’en ont pas moins décidé, lundi, de bientôt reprendre leurs négociations avec la Russie sur la recherche d’un « accord de partenariat et de coopération », économique et politique. Pour ceux qui voient, là, une contradiction et s’en indignent, l’Union sacrifie un pays sans défense à la nécessité d’assurer ses approvisionnements en gaz russe. L’Union, disent-ils, s’abandonne au cynisme et, surtout, s’aveugle car la Russie pourra, maintenant, se croire autorisée à poursuivre une politique d’intimidation, voire de récupération, des pays sortis de son empire à la faveur de l’éclatement soviétique. Cette thèse, celle d’un nouveau Munich, est plus ou moins partagée par la droite américaine. Elle a de forts échos en Europe centrale et dans les Pays baltes où la crainte historique de la Russie reste profonde mais elle résiste difficilement à l’examen. Premier problème, comme le disait récemment Nicolas Sarkozy devant le Parlement européen, autant il est vrai que la « réaction » de la Russie à la tentative de reconquête de l’Ossétie du Sud par la Géorgie a été totalement excessive, autant il est vrai que l’action géorgienne a précédé cette réaction. Provoqué ou pas, c’est la Géorgie qui a réveillé, début août, ce conflit dormant depuis quinze ans et l’Union européenne, après avoir négocié un compromis que le président russe souhaitait sans doute, ne veut pas se retrouver otage d’une initiative géorgienne qu’elle juge au moins irréfléchie. Deuxième problème, si la Russie a été si prompte à se saisir de cette occasion de montrer sa force, c’est avant tout qu’elle voulait démontrer sa capacité à s’opposer à ce que l’Otan s’étende jusqu’à ses frontières en intégrant l’Ukraine et la Géorgie. Démonstration a été faite. Les Etats-Unis n’ont heureusement pas bougé et la plupart des Européens considèrent aujourd’hui plus que jamais que cette extension de l’Otan n’est ni nécessaire ni faisable, point de vue désormais partagé par Henry Kissinger et Georges Shultz, les secrétaires d’Etat de Richard Nixon et Ronald Reagan. Dans l’Union comme aux Etats-Unis, l’idée s’impose que les Occidentaux ont eu tort de pousser la Russie dans ses retranchements avec cette affaire de l’Otan et qu’il vaudrait mieux, pour la stabilité internationale, prendre ses offres de partenariat en considération que s’en faire une ennemie. La question des provinces géorgiennes va longtemps rester ouverte, le temps qu’elle puisse être résolue dans le cadre d’un accord général entre les Occidentaux et la Russie.

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