L’Allemagne est unifiée, mais la Pologne ? Vingt après la chute du Mur, où en est ce pays dont le rôle fut tellement essentiel dans la fin du communisme ? C’est la Pologne qui fut la première, dans le bloc soviétique, à tolérer une forme du pluralisme lorsque le parti, après l’ébullition de 1956, s’était résolu à autoriser la publication d’une presse catholique et la création de clubs d’intellectuels catholiques qui jouèrent un rôle immense dans l’affirmation de courants d’opposition, indépendants aussi bien du parti que de l’épiscopat. En 1970, les révoltes ouvrières de la côte baltique y avaient, ensuite, entraîné un changement d’équipe au sommet du régime, la première fois, dans le bloc, qu’un mouvement populaire suscitait un tournant politique, imposé par la population. Sept ans plus tard, d’autres révoltes ouvrières, à Radom et Ursus, conduisaient la direction polonaise à reconnaître, de fait, une opposition en négociant indirectement avec le Comité de défense des ouvriers, le Kor, formé par des intellectuels se réclamant d’une gauche anti-communiste. En 1980, bien sûr, ce fut la création de Solidarité, premier syndicat indépendant du bloc soviétique et en 1989, enfin, c’est encore la Pologne qui avait donné le signal de la chute du Mur avec l’organisation d’une table ronde entre le pouvoir et l’opposition qui allait donner naissance, en août, au premier gouvernement non communiste d’un bloc en voie de disparition. La Pologne a changé le monde mais, vingt ans plus tard, il se pourrait bien qu’elle soit encore à l’avant-garde de grands changements. Dans quel domaine ? L’évolution de l’Union européenne. Jusqu’il y a très peu de temps encore, ce pays était totalement, viscéralement, proaméricain. Pour les Polonais, l’Union européenne était un marché commun auquel ils devaient appartenir puisqu’ils sont européens et se considèrent, naturellement, comme tels mais le grand allié, c’était les Etats-Unis. Vue de Varsovie, l’Europe, c’était l’économie mais la politique, c’était l’Amérique et il y avait au moins deux raisons à cela. C’est aux Etats-Unis que l’émigration polonaise est la plus nombreuse et la plus influente. La Pologne se sent chez elle aux Etats-Unis et sa crainte de la Russie reste telle, surtout, qu’elle n’a longtemps fait confiance qu’à ses liens avec Washington pour la protéger d’un voisin dont elle eut tellement à souffrir aux temps soviétiques mais aussi sous les tsars. C’est ainsi que la Pologne, sitôt entrée dans l’Union, avait équipé son aviation d’appareils américains et soutenu comme un seul homme l’aventure irakienne mais, depuis, elle a vu l’Amérique échouer à Bagdad, ne pas bouger lors de la crise géorgienne, se rapprocher aujourd’hui de Moscou et les Polonais commencent à se dire que leur sécurité dépend plus d’une affirmation de l’Union dont ils sont membres que d’une Amérique lointaine et affaiblie. Cela ne se dit pas encore mais s’entend entre les lignes, dans les ministères comme entre amis. Déjà très attachés à l’idée d’une Défense européenne, les Polonais ne sont plus loin de se convertir à l’idée d’une Europe politique – celle que la France et l’Allemagne voudraient désormais promouvoir ensemble.

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