La scène se passe hier à Londres, au Parlement britannique. A la suite d’une rafale de révélations sur le fait que bien des chaînes multinationales opérant en Grande-Bretagne n’y payaient pas ou pour ainsi dire pas d’impôts sur les bénéfices, des représentants d’Amazon, Google et Starbucks sont auditionnés par la Commission des finances publiques.

« Nous ne pratiquons pas l’évasion fiscale », plaide le représentant de Starbucks mais « nous ne gagnons pas, ajoute-t-il, d’argent au Royaume-Uni » où son entreprise n’a effectivement déclaré qu’un seul exercice bénéficiaire en plus de quinze ans de présence. La présidente de la Commission s’étrangle : « Vous perdez de l’argent et vous continuez d’investir… Cela ne me semble pas vrai », lance-t-elle tandis qu’un député travailliste enfonce le clou : « Soit vous dirigez très mal cette entreprise, soit il y a un trucage dans l’air ».

Ces élus, pourtant, se trompent. Il n’y a pas de trucage, rien d’illégal, rien que des habiletés comptables qui permettent de transformer les bénéfices en royalties pour utilisation de la marque et de les verser au siège européen du groupe, opportunément installé aux Pays-Bas où l’impôt sur les sociétés est remarquablement bas.

Cela ne s’appelle pas de la fraude mais de l’optimisation fiscale à l’échelle internationale comme toutes les multinationales, y compris françaises, savent la pratiquer. Au fil de l’audition, les Britanniques apprendront ainsi que Google, entreprise à la rentabilité notoirement faible, a basé ses opérations européennes en Irlande et que ses droits de propriété intellectuelle hors des Etats-Unis sont gérés par une société installée aux Bermudes.

Rien d’étonnant donc, ou d’illégal en tout cas, à ce que Google contribue fort peu aux finances publiques de la Grande-Bretagne bien que ses opérations y soient, comme partout, florissantes et, pour ce qui est d’Amazon, c’est encore plus simple. Nul besoin d’aller jusqu’aux Bermudes puisqu’il lui a suffi d’installer ses opérations européennes au Luxembourg pour que ses commandes en ligne soit légalement adressées à une société du Grand Duché dont la clémence fiscale est internationalement appréciée.

« Immoral ! », a fini par s’exclamer la présidente de la Commission et il y avait deux choses fascinantes dans cette audition. La première était la franchise et, semble-t-il, la bonne conscience avec lesquelles les responsables de ces sociétés expliquaient comment elles s’affranchissaient légalement de l’impôt. Et la seconde était l’indignation que ces jongleries provoquent soudain en Grande-Bretagne, pays qui a tellement misé depuis si longtemps maintenant sur « l’environnement favorable » – c’est ainsi que ça se dit – que Londres a su créer pour attirer le monde de la finance.

On a cru remarquer, hier, jusque dans les milieux conservateurs, l’amorce d’une prise de conscience britannique mais, à l’heure où les Etats doivent radicalement réduire leurs dépenses et racler leurs fonds de tiroir, à l’heure où il faut augmenter les impôts si déplaisant que cela soit, c’est à l’échelle mondiale que cette prise de conscience devrait s’opérer, sans plus attendre une minute.

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