Réaliste et politiquement courageuse, l’opposition syrienne arrondit les angles. Après avoir longtemps posé de strictes conditions à sa participation à la conférence de paix, dite Genève 2, que tentent d’organiser Washington et Moscou, elle accepte finalement d’y être représentée sans avoir obtenu les garanties qu’elle exigeait.

Genève, peut-elle certes répéter, doit déboucher sur le départ d’Assad qui ne devra jouer aucun rôle dans une éventuelle période de transition. L’opposition a sur ce point l’appui des Occidentaux qui ne disent rien d’autre mais telle n’est pas la position de la Russie et encore moins du régime syrien, bien sûr. Il n’y aura donc pas de garantie à cet égard et l’opposition a parallèlement renoncé à opposer un veto à une présence de l’Iran que les Européens rejettent aussi mais en faveur de laquelle la Russie plaide tandis que les Etats-Unis n’y seraient pas forcément hostiles pourvu qu’un compromis avec Téhéran soit trouvé d’ici là sur la question nucléaire.

La Coalition nationale syrienne, la CNS, a su s’incliner, en un mot, devant un rapport de forces militaire et diplomatique qui ne lui est pas favorable parce que l’insurrection perd du terrain devant la contre-offensive de l’armée régulière et que les grandes puissances sont soucieuses d’arriver à un règlement politique. Encore incertaine tant il reste de problèmes à résoudre, l’ouverture de négociations devient ainsi moins improbable mais sur quoi pourrait-elle déboucher ?

En principe, il s’agit de mettre en place une équipe de transition chargée d’organiser des élections libres sous contrôle international. L’insurrection étant essentiellement sunnite et la population syrienne majoritairement sunnite elle aussi, ces élections devraient logiquement déboucher sur la fin du pouvoir actuel, détenu par la minorité alaouite, une branche du chiisme à laquelle appartient le clan Assad. Sur le papier, tout est simple mais rien ne l’est en fait car Bachar al-Assad ne veut pas se retirer avant les élections présidentielles qui devraient avoir lieu l’année prochaine et auxquelles il envisage même de se représenter. Dès lors, et en admettant même qu’elle s’ouvre et n’échoue pas aussitôt, cette conférence de paix ne peut a priori avoir que deux conclusions.

Première hypothèse, elle débouche sur un simple cessez-le-feu, remet à des jours meilleurs la question d’élections libres et la Syrie s’installe de fait dans une partition sur les lignes de front. Il y aurait la Syrie alaouite à laquelle beaucoup de chrétiens pourraient s’agréger. A côté d’elle s’organiserait, dans le nord, une Syrie kurde dont l’autonomie s’esquisse d’ores et déjà. Et puis il y aurait la Syrie de l’insurrection, divisée entre jihadistes et modérés, à laquelle la CNS a décidé hier de donner un gouvernement provisoire.

Seconde hypothèse, beaucoup plus aléatoire mais sait-on jamais, Genève 2 débouche sur un nouvel arrangement constitutionnel aux termes duquel chacune des communautés aurait une représentation garantie dans les rouages de l’Etat quels que soient les résultats des élections. C’est la solution que semblent vouloir prôner les Iraniens. Elle ne serait pas forcément la plus mauvaise mais elle serait, et de loin, la plus difficile à mettre en place.

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