L’avez-vous ressenti - oui, j’en suis sûr - cet émerveillement collectif devant la sonde Rosetta et son robot Philae ? On ne parlait plus que d’eux. On n’en parlait pas seulement dans les journaux et sur les ondes mais en famille, aux zincs et aux terrasses, sur la banquette d’à côté dans le métro, partout mais cet émerveillement que vous, je ne sais pas, mais moi si, je partageais si fort à quoi tenait-il ? A chacun ses réponses mais, pour ma part, cette journée m’a d’abord fait revenir en enfance. Devant ce mécano céleste, devant ces scientifiques habités par la soif de la découverte et cette lente, apparemment lente progression de la sonde dans le noir sidéral, je revivais les émotions de l’enfant assemblant ses vaisseaux spatiaux puis plongé dans Tintin, Objectif Lune et vite, aussitôt, On a marché sur la Lune : auront-ils assez d’oxygène pour tenir jusqu’au retour, ce même suspens que sur l’atchourissage de Philae ? Pour Rosetta, j’ai d’abord eu les yeux d'un tout petit puis, redevenu grand, je me suis dit que cela faisait vraiment du bien d’enfin sortir des guerres, des déficits budgétaires, de l’humiliante médiocrité des feuilletons politiques et de cette détestable dérision morose qui envahit, en boucle, nos vie et les colonnes de la presse. De l’ambition, du neuf, de grands projets, des découvertes… Mais cela redonne le moral, on en redemande (vous, je ne sais pas mais moi, si) et ce n’est pas tout. Dix ans ! C’est un voyage de dix ans et de sept milliards de kilomètres qu’a fait Rosetta, ce qui s’appelle du long cours auquel il faut ajouter les longues années de préparation, de conception et de balbutiements de ce rêve insensé. Rosetta, c’est l’anti-Tweeter, le long terme contre l’instantanéité, le volontarisme d’un projet fou, un lent et méticuleux mûrissement contre cette permanente course à l’immédiateté qui transforme les lois en réponses pour le JT du soir, les hommes politiques en auteurs de bons mots (mauvais en général) et la presse en caisse de résonance de ces réactions sans réflexion. Nous vivons dans le court terme, oublieux de la nécessité du temps long, et voilà que des scientifiques pas du tout people, des poètes nourris d’équations envahissent soudain les écrans, en chassent leurs habituels occupants et viennent nous rappeler que c’est non seulement grand qu’il faut penser mais à dix, vingt, trente ans. Vous, je ne sais pas, mais moi, je les aurais embrassés avec autant de joie qu’ils s’embrassaient hier après ce succès collectif. Et puis enfin - vous, je ne sais pas, mais moi, si - Philae et Rosetta ont flatté mon nationalisme, mon nationalisme européen, car j’ai été heureux, tout simplement heureux que l’unité de l’Europe lui ait permis de réaliser cet exploit qu’aucun de nos pays n’aurait pu réaliser seul, cet immense exploit qui, ancrage ou pas, nous montre ce que nous pourrions être et faire ensemble, avec un peu plus de temps, de volontarisme et de vision.

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