Sous peines de sanctions arabes contre Beyrouth, l'Arabie saoudite veut que le Hezbollah libanais rappelle ses troupes de Syrie

Logiquement, non, cette guerre des mots ne devrait pas devenir guerre tout court. La logique, martèle la grande majorité des diplomates et  spécialistes du Proche-Orient, est que l’Arabie saoudite n’aille pas jusqu’à une confrontation militaire avec l’Iran puisque ses soldats n’ont jamais vraiment combattu et que son prince héritier, Mohamed ben Salmane, a déjà beaucoup à faire, à Ryad, pour consolider son pouvoir. 

Tout cela est vrai, totalement et indéniablement exact, sauf… Sauf qu’il y a une autre logique à prendre en compte, celle qui dit que, si l’Iran n’est pas maintenant repoussé dans ses frontières, l’Arabie saoudite aura bientôt perdu et l’Iran gagné la guerre d’influence qui les oppose, dans toute la région, depuis près de quarante ans.

C’est pour cela que le prince héritier saoudien a tant haussé le ton contre les Iraniens et ouvert un bras de fer avec eux au Liban et pour cela que la situation devient chaque jour plus explosive. 

Dimanche, la Ligue arabe se réunit « en urgence ». Elle le fera à la demande de Ryad dont un mémorandum explique que « les violations commises par l’Iran dans la région arabe sapent la sécurité et la paix ». L’Arabie saoudite veut mobiliser le monde arabe contre Téhéran et l’objectif qu’elle poursuit commence à se lire dans la première interview qu’ait accordée le premier ministre libanais Saad Hariri depuis qu’il a démissionné, il y a huit jours, à la demande des dirigeants saoudiens.

Saad Hariri, un sunnite issu d’une richissime famille libano-saoudienne, y explique qu’il ne pourrait revenir sur sa décision que si le Liban se « dissociait des conflits régionaux ». Cela signifie que les Saoudiens demandent, par sa voix, que le Hezbollah, l’organisation politico-militaire des chiites libanais créée et financée par l’Iran, rappelle ses troupes de Syrie où elles sont essentielles à Bachar al-Assad, l’allié des Iraniens. Si ce n’était pas le cas, a laissé comprendre Saad Hariri, les pays arabes, ceux-là même qui se réunissent dimanche, pourraient prendre des sanctions financières contre le Liban et revoir le statut des quelques 400 000 Libanais travaillant dans le Golfe. 

C’est carte sur table mais pas plus cash que ce que viennent de déclarer, eux, les chiites yéménites, les Houthis, dont l’insurrection contre la majorité sunnite est soutenue par l’Iran et combattue par l’Arabie saoudite. Si le blocus des ports du Yémen par les monarchies du Golfe n’est pas levé, ont-ils dit, les bâtiments de l’Arabie saoudite et de ses alliés seront la cible de nos missiles. Ces missiles sont iraniense et ce serait alors la guerre sur la route de Suez .                         

L'équipe
Nous contacter
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.