Le « club » des pays émergents semblait annoncer un « autre » monde à sa naissance au début des années 2000 ; ses contradictions et le poids de la Chine l’ont rendu plus modeste et réaliste.

Le président brésilien Jair Bolsonaro s’est rendu à Pékin le 25 octobre 2019 pour se « réconcilier » avec la Chine qu’il avait violemment critiquée l’an dernier, avant d’accueillir aujourd'hui le président chinois Xi Jinping à Brasilia.
Le président brésilien Jair Bolsonaro s’est rendu à Pékin le 25 octobre 2019 pour se « réconcilier » avec la Chine qu’il avait violemment critiquée l’an dernier, avant d’accueillir aujourd'hui le président chinois Xi Jinping à Brasilia. © AFP / NOEL CELIS / AFP

C’est un club très fermé ; aussi fermé que le « G7 » des anciennes puissances industrielles qui se sont retrouvées fin août à Biarritz. Sauf que les BRICS, acronyme anglais de Brésil, Russie, Inde, Chine et Afrique du Sud, regroupent des puissances émergentes de quatre continents (ré-émergente dans le cas de la Russie…). Les dirigeants de ces cinq pays se retrouvent pour deux jours à Brasilia, un sommet qui fera toutefois moins de bruit que celui du G7.

Le concept est apparu au début des années 2000, étrangement d’abord au sein d’une banque d’affaires, Goldman Sachs, avant de devenir une réalité géopolitique. Un analyste avait repéré des points communs à ces marchés non-occidentaux à forte croissance, et avait créé l’acronyme.

Très vite -trop vite sans doute-, on y a vu un monde alternatif à celui du capitalisme mondialisé, susceptible de changer les règles du jeu. Ils ont eux-mêmes alimenté cette idée en créant une banque de développement, et en multipliant les coopérations Sud-Sud dans tous les domaines. Mais la réalité est que les BRICS n’avaient ni la capacité, ni la vision partagée, pour refaire le monde.

L’explication est double. D’abord les contradictions entre les membres. Initialement, il pouvait exister suffisamment de points communs entre le Brésil de Lula, l’Afrique du Sud post-apartheid, la Chine émergente et encore modeste, l’Inde dirigée par la gauche, et la Russie de Poutine. Mais aujourd’hui, avec Bolsonaro au Brésil ou les nationalistes hindous au pouvoir à New Delhi, les différences sont béantes, même s’il reste suffisamment de raisons de continuer à se retrouver chaque année.

Ensuite, le poids démesuré de la Chine dans cet ensemble, et l’ambition qui va avec. Pékin a développé sa propre stratégie mondiale avec ses nouvelles Routes de la Soie présentes sur tous les continents. Les BRICS ne sont pour Pékin qu’un des axes de son déploiement global.

C’est la Chine, seule, qui tente aujourd’hui de redéfinir les règles mondiales et même de peser sur la définition des normes, alors que le Brésil ou l’Inde se contentent d’avoir leur place autour de la table, et se méfient du géant chinois.

C’est le premier Sommet des BRICS depuis l’arrivée de Jaïr Bolsonaro au pouvoir, et il s’agit de savoir dans quelle mesure il est aligné sur les États-Unis et Donald Trump, ou s’il conserve un peu d’autonomie. 

Sa relation avec la Chine constitue déjà un début de réponse : pendant la campagne électorale, Bolsonaro avait violemment attaqué Pékin, avec un slogan percutant : « la Chine n’achète pas AU Brésil, mais elle achète LE Brésil ». Il faut croire que les intérêts économiques sont plus forts que tout, avec cent milliards de dollars d’échanges par an, car Bolsonaro s’est réconcilié avec Pékin juste avant le sommet, et accueille le numéro un chinois Xi Jinping avec tous les honneurs. Pékin espère même que son équipementier controversé Huawei équipera le Brésil en 5G, ce qui ne plaira pas à Washington.

Il ne s’agit donc plus de renverser la table, mais de rééquilibrer les rapports de force dans ce monde post-occidental. Le rêve initial est devenu pragmatique et réaliste.

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