Bravo ! Oui, bravo !, car en attribuant, vendredi le Prix Nobel de la paix à Chirine Ebadi, le jury d’Oslo a fait d’une pierre plusieurs coups. Il a, d’abord, et c’est le plus important, donné à voir un autre visage de l’Islam que ceux de l’intégrisme, de la crispation identitaire et du terrorisme. Aucune religion, aucune civilisation, aucun pays non plus, ne se réduit à ses extrémistes mais avec leurs bombes, de New York à Bali, leurs massacres en Algérie, leur haine et leurs proclamations enflammées, les islamistes voudraient faire oublier qu’ils ne sont pas l’Islam, mais une minorité, violente et fanatique, qui souhaite précipiter un affrontement avec l’Occident pour s’imposer, dans la guerre, en chefs de file du monde arabo-musulman. A cause d’eux, on tend à ne plus voir dans l’Islam qu’une menace, un problème voire un ennemi, mais les pays musulmans - on déteste devoir le rappeler - sont des pays comme les autres, le plus souvent plus pauvres, plus opprimés, plus injustes et moins démocratiques que les nôtres, mais des pays qui rêvent, comme tous les autres, de mieux-être, de paix et de liberté, de droit et d’équité sociale, les rêves de tous les hommes, surtout, avant tout, de ceux vivant dans la misère et l’injustice. Le terrorisme islamiste, comme toute violence criminelle, doit être combattu par les polices et les tribunaux, par la force bien sûr, mais la meilleure réponse à lui apporter est de ne pas le confondre avec l’Islam, de ne pas reconnaître ces fanatiques comme représentants des musulmans et de tendre la main, par dessus eux, aux hommes et aux femmes qui sont leurs premières victimes et qui les combattent, leur résistent, comme le fait, en Iran, Chirine Ebadi. Avocate, combattante du droit et de la liberté, Chirine Ebadi, petite femme à l’inébranlable courage, est une immense dame, l’un de ces héros tranquilles que toujours l’Histoire révèle, défenseur de tous ceux que le régime iranien persécute, torture, assassine. Il faut du courage pour plaider ces dossiers là mais Chirine Ebadi fait plus. Elle prône aussi la liberté des femmes, les droits de l’enfant et cet aggionarmento de l’Islam que de grandes figures religieuses du chiisme appellent également de leurs voeux. C’est elle qui exprime l’Iran, pas les ayatollahs au pouvoir, et c’est ce que ce prix Nobel fait voir au monde et à l’Islam. C’est beaucoup, c’est énorme, mais ce Prix a également donné une voix, et un encouragement, à la majorité iranienne et à tous ceux, aux femmes notamment, qui aspirent au changement dans le monde musulman. Vendredi, Chirine Ebadi est devenue leur porte-parole, une personnalité internationale à laquelle il sera plus difficile, maintenant, de s’attaquer car ce Prix a fait d’elle un symbole, celui de l’universalité des valeurs qu’elle défend et que chaque année, c’est son objet, ce Prix Nobel consacre. Oussama ben Laden prétendait incarner l’Islam. Quelqu’un d’autre l’incarne aujourd’hui, avec d’autres titres à le faire. C’est un éclatant démenti à l’inéluctabilité du choc des civilisations, un service rendu à la Paix, mais ce n’est pas tout. Cette distinction vient, enfin, rappeler - Chirine Ebadi l’a aussitôt dit - que ce n’est pas de l’extérieur, menace nucléaire ou pas, que la mollacratie iranienne doit être combattue, mais de l’intérieur, comme le font les Iraniens, Mme Ebadi en tête.

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