Grande mais frileuse, partout attendue mais toujours plus repliée sur elle-même – jamais la France n’aura semblée aussi contradictoire qu’aujourd’hui. Voilà un pays qui pour avoir su prédire les conséquences de l’aventure irakienne et tout fait pour tenter de l’empêcher, avait repris les premiers rôles sur la scène internationale. Non seulement le courage et la lucidité dont la France avait alors fait montre lui avaient valu l’admiration de la grande majorité des nations du monde mais en Europe, jusque dans les pays dont les gouvernements s’engageaient en Irak aux côtés des Etats-Unis, elle exprimait les deux tiers de l’opinion européenne qui ne voulait pas non plus de cette guerre. Durant deux ans, la France a ainsi parlé pour l’Europe et le monde, plus pesé que son poids réel, retrouvé ce prestige historique que lui valent tout à la fois les Lumières et la Révolution, de Gaulle et Victor Hugo, Pasteur et l’invention de l’humanitaire, mais que fait-elle, maintenant, de ce capital ? Elle le gaspille. A ce rythme, elle l’aura bientôt perdu car l’image que la France donne en ce moment d’elle-même est affligeante. Sa politique intérieure, d’abord, n’est faite que de divisions et de confusions avec une droite divisée, une gauche qui se déchire et un Président de la République aussi durement contesté par sa majorité que par son opposition. Dans ces crises croisées de ses grands courants politiques, la France donne le sentiment de ne plus savoir où elle en est et, moins encore, où elle va mais le plus troublant, le plus dommageable pour elle, est ce front du refus qui s’affirme dans tout le pays, à gauche comme à droite. L’important n’est pas que Laurent Fabius ait ou non voulu faire, par ce « non » au projet de Constitution européenne, le consensus de la gauche française sur son nom. L’important ait qu’il ait pu faire ce calcul et que le refus de ce projet puisse effectivement souder une majorité de gauche en France, des altermondialistes aux sociaux-libéraux. Cette seule possibilité montre que l’internationalisme de la gauche française, cette part fondamentale de son code génétique, est en aussi piteux état qu’en 1914, que l’idée européenne, ciment et credo des socialistes depuis François Mitterrand et Jacques Delors, est en recul au PS et que les électeurs de gauche sont si perdus dans la nouvelle donne internationale qu’ils peuvent en oublier que le rapport de forces entre le capital et le travail ne pourrait plus être aujourd’hui restauré que par une puissance publique et une démocratie européenne. Peut-être François Bayrou se dit-il, de son côté, qu’en prenant la tête du refus d’une éventuelle adhésion turque à l’Union, il prend, de fait, la tête des élus et de l’opinion de droite mais, là non plus, n’est pas l’important. L’important est là qu’une droite dominée par les héritiers du gaullisme ne voit plus ce qu’avait si bien pressenti De Gaulle : l’intérêt pour l’Europe d’aider la Turquie à s’affirmer en modèle, en avant-garde, laïque et européenne, de l’indispensable démocratisation du monde musulman. A droite comme à gauche, c’est la peur du monde qui l’emporte et ce n’est pas la marque d’un grand pays.

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