Trouvé mort, hier, dans son bureau, le ministre de l’Intérieur syrien s’est-il réellement suicidé, comme on le dit officiellement ? A-t-il été suicidé ? Ou a-t-il été incité à se tuer ? La certitude est qu’une tempête politique se lève à Damas L’échéance se rapprochait. C’est à la fin de la semaine prochaine, vendredi 21 octobre, que le magistrat allemand chargé par le Conseil de sécurité d’assister la justice libanaise dans l’enquête sur l’assassinat de Rafic Hariri, l’ancien Premier ministre du Liban, doit rendre son rapport. On ignore ce que seront ses conclusions mais, après voir fait inculper quatre officiers de la sécurité libanaise liés aux services syriens du temps où ils contrôlaient le Liban, le juge Mehlis venait d’interroger, fin septembre, à Damas, plusieurs personnalités syriennes dont le général Kanaan, le ministre de l’Intérieur, retrouvé mort, hier, dans son bureau. Première hypothèse, donc, Ghazi Kanaan, qui avait été le pro-consul syrien au Liban de 1982 à 2002, aurait préféré se donner la mort avant que le juge Melhis ne l’accuse d’avoir trempé dans le meurtre, en février dernier, du Libanais, Rafic Hariri, qui s’était juré de mettre fin à l’occupation syrienne. L’hypothèse est plausible mais elle n’est guère vraisemblable car ce n’est pas un assassinat qui pouvait à ce point peser sur la conscience d’un patron de services secrets qui avait gouverné le Liban par la terreur pendant 20 ans. Qu’il se soit réellement suicidé, qu’il l’ait été ou qu’il ait été contrait de le faire, le problème du général Kanaan était bien plus certainement que le régime syrien s’était résolu à accepter la mise en cause de certains de ses piliers, voire à les désigner lui-même comme coupables, afin de ne pas être éclaboussé en bloc par l’assassinat de l’ancien Premier ministre libanais. Plusieurs heures avant que Ghazi Kanaan ne soit retrouvé mort, la chaîne de télévision américaine CNN annonçait la diffusion d’une interview du président syrien. Cet entretien allait forcément porter sur l’enquête du juge Melhis et qu’en a dit le président Assad ? « La Syrie n’est pas impliquée dans la mort de Hariri, l’a-t-on entendu dire quelques heures après l’annonce du suicide de son ministre de l’Intérieur, mais si la Commission d’enquête de l’Onu conclut que des Syriens sont impliqués, a poursuivi Bachar el-Assad, ils seront considérés comme des traîtres, inculpés de haute trahison et sévèrement punis ». A partir de là, tous les scénarios sont possibles mais que, Ghazi Kanaan ait été choisi comme bouc émissaire, rôle sur mesures, ou qu’il ait su qu’il allait l’être, son destin était si scellé qu’il disait hier matin, sur une chaîne libanaise : « C’est la dernière déclaration que je pourrai donner ». On est quelque part entre Shakespeare et SAS mais, quoi qu’il en soit, la Syrie entre maintenant en zone de tempête. Déjà obligé de se retirer du Liban en avril dernier sous la pression conjointe de la France, des Etats-Unis et des manifestations provoquées par l’assassinat de Rafic Hariri, la Syrie attend maintenant le rapport du juge Melhis. Si le magistrat a réuni assez d’éléments pour pointer le doigt sur les plus hauts sommets de l’Etat, le régime syrien aura du mal à se maintenir. Même si ce n’est pas le cas, même si l’on en reste à quelques boucs émissaires, la France et les Etats-Unis pousseront l’avantage pour que la Syrie ne se mêle plus ni des affaires libanaises ni des affaires irakiennes. Le grand jeu proche-oriental s’étend.

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