Grand comme un peu plus de la moitié de la France mais comptant seulement 13 millions d’habitants, l’Equateur borde le Pacifique au nord-est de l’Amérique latine, entre la Colombie, au Nord, et le Pérou, au Sud. Premier exportateur mondial de bananes et cinquième producteur de pétrole du sous-continent, ce pays fait rarement les grands titres de la presse internationale mais le scrutin présidentiel qui s’y déroule dimanche est attentivement suivi à Washington. Un candidat se réclamant du « socialisme du XXI° siècle » et appelant à « dépasser les mensonges du néo-libéralisme », Rafael Correa, 43 ans, s’y est en effet imposé comme le ténor de cette élection. La partie n’est pas gagnée pour lui. S’il ne l’emporte pas dès le premier tour, il risque de se heurter, au second, à « un tout, sauf Correa », cette « hyène souriante », ce « démagogue populiste », disent de lui ses adversaires, mais sa percée donne, à elle seule, la température politique de l’Amérique latine. Ancien ministre de l’économie, formé en Belgique où il s’est marié puis aux Etats-Unis, Rafael Correa se définit comme « humaniste » car « la politique et l’économie doivent être au service de l’homme », « chrétien » car « nourri de la doctrine sociale de l’Eglise », et « de gauche » car « je crois, dit-il, en l’équité, la justice et la suprématie du travail sur le capital ». Nullement révolutionnaire et encore moins marxiste, acquis à l’économie de marché, il ne s’en oppose pas moins radicalement aux Etats-Unis dont il voudrait fermer la base militaire de Manta, au Fonds monétaire international et à la Banque mondiale avec lesquels il voudrait rompre car « ils contribuent, estime-t-il, au sous-développement » de l’Equateur et, surtout, à Georges Bush, qualifié de « Président extrêmement stupide qui a fait beaucoup de mal à son pays et au monde ». Très proche d’Hugo Chavez, le Président vénézuelien qui s’appuie sur ses réserves de pétrole pour constamment défier les Etats-Unis et qui financerait, dit-on, sa campagne, il n’a qu’un seul désaccord public avec lui. Contrairement à lui, il ne trouve pas pertinent d’avoir traité Georges Bush de « diable » à la tribune des Nations-Unies car « le diable, explique-t-il, peut être malfaisant mais, au moins, il est intelligent ». Rafael Correa est, en bref, porté par la vague d’hostilité au libéralisme et aux Etats-Unis qui vient, en quelques années, à un rythme toujours plus rapide, de colorer de rose l’Amérique latine, désormais majoritairement partagée entre des gouvernements de gauche, sociaux mais s’efforçant de coexister avec les marchés et le grand voisin du nord, et des gouvernements radicaux, rêvant d’une unité politique du sous-continent et appuyés sur le Vénézuela. Tout se passe comme si, libérée du contrôle nord-américain que la Guerre froide lui avait imposé, l’Amérique latine prenait une revanche historique, voulait rompre avec son passé d’arrière-cour des Etats-Unis, s’affirmait en se différenciant.

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