Une fuite ici, une déclaration sibylline ailleurs, on croit commencer à voir ce qui s’esquisse pour l’Europe. Ce qui pourrait être proposé au prochain sommet européen du 23 octobre serait d’abord que les banques renoncent à un tiers voire la moitié de leurs créances sur la Grèce et non plus seulement à leur cinquième comme il avait été envisagé en juillet.

Au lieu de continuer à demander l’impossible à ce pays, de l’enfoncer dans une austérité si dure qu’elle ne fait qu’accroître sa faillite et l’enfermer dans une spirale infernale de plus en plus coûteuse et menaçante pour tous, on lui donnerait ainsi la possibilité de se reconstruire et faire face à ses obligations. Si c’était bien la décision prise, le bon sens l’emporterait enfin et il semble bien que ce soit dans cette perspective qu’un plan coordonné de recapitalisation des banques européennes soit en préparation

Parallèlement, les moyens dont disposent le Fonds européen de stabilité financière, l’instrument de solidarité dont l’Europe s’est doté pour faire face à la crise des dettes publiques, pourraient être fortement accrus, peut-être même multipliés par cinq pour atteindre plus de 2000 milliards d’euros comme l’avait suggéré avant-hier l’ancien Premier ministre britannique Gordon Brown. Si un vrai pas était fait dans cette direction, non seulement l’Europe déciderait par là d’opposer un front commun aux difficultés de plusieurs de ses Etats membres mais elle s’engagerait aussi, de facto, sur la voie d’une intégration économique beaucoup plus poussée et bientôt porteuse de mesures d’harmonisation fiscales, budgétaires et sociales.

Débattues, discutées, testées à Strasbourg, Bruxelles et dans les grandes capitales européennes, ces mesures sont encore loin d’être totalement élaborées. Il reste dix jours pour le faire. Elles peuvent encore buter sur de nombreux désaccords et ne pas être menées à bien mais quand bien le seraient-elles, resterait ouverte la grande question des réformes institutionnelles dont l’Union a besoin.

Angela Merkel et Nicolas Sarkozy ont annoncé dimanche dernier des propositions d’« importantes » modifications des traités. On ne sait pas ce qu’elles pourraient être mais, au cours de leur débat d’hier soir, les deux candidats à l’investiture socialiste, Martine Aubry et François Hollande, ont esquissé à l’unisson une nouvelle architecture européenne à laquelle la gauche française n’est pas seule à penser.

Il faut, ont-ils dit en substance, que la France, l’Allemagne et les autres pays qui seraient disposés à aller avec elles plus loin plus vite sur la voie de l’intégration politique, resserrent leurs liens au sein de l’Union pour en constituer une avant-garde qui serait à la fois sa tête et son cœur. Largement partagée dans d’autres pays et d’autres courants politiques, l’idée serait de redonner une locomotive à l’Europe qui serait non seulement une force d’entraînement mais également une préfiguration de ce que pourrait devenir un jour l’Union ou une large partie d’entre elle. C’est une idée qui fait son chemin, la piste à ouvrir, un horizon dont l’Europe a besoin.

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