Pour le Portugal, l’alternative était claire. Ou bien la coalition de droite sortante parvenait à s’allier aux socialistes après avoir perdu, le 4 octobre dernier, sa majorité absolue ou bien les socialistes ouvraient une nouvelle page politique à Lisbonne en se rapprochant du Bloc de gauche afin de gouverner avec cette nouvelle gauche portugaise proche de Syriza et de Podemos.

Jusqu’à ces derniers jours, personne n’aurait parié sur cette seconde hypothèse. Les socialistes portugais semblaient destinés à constituer une grande coalition avec les droites comme il y en a plusieurs dans l’Union et, notamment, en Allemagne. C’était écrit ou presque mais voilà qu’après des consultations approfondies avec le Bloc de gauche, le chef de file des socialistes, Antonio Costa, vient d’annoncer hier qu’il avait dégagé des « points de convergence » avec lui.

« Notre préoccupation centrale, a-t-il ajouté, est de parvenir à une solution stable, crédible et cohérente exprimant la volonté de la majorité des Portugais et répondant aux besoins du pays (qui sont) de défendre les services publics, de tourner la page de l’austérité et de respecter les engagements internationaux du Portugal ».

La nouvelle gauche, quant à elle, présente les choses comme déjà faites. « C’est la fin du gouvernement Coelho, dit sa porte-parole en expliquant que le Premier ministre sortant n’a plus de majorité au Parlement et qu’il existerait une autre solution pouvant être « l’alternative dont le pays a besoin ». La nouvelle gauche est autrement dit plus que partante pour gouverner avec les socialistes et que cela se fasse ou non, cette seule possibilité, le seul fait qu’elle soit sérieusement envisagée, reflète l’ampleur et la profondeur des évolutions politiques en cours en Europe.

En un an, l’Union aura successivement assisté à l’émergence de Podemos qui s’est solidement inscrit dans le paysage espagnol bien que ce mouvement marque aujourd’hui le pas dans les sondages. Puis ce fut la victoire de Syriza et sa confirmation par les électeurs grecs le mois dernier. Les militants et sympathisants du Parti travailliste britannique ont parallèlement porté à sa tête un homme, Jeremy Corbin, partisan déclaré des investissements collectifs et de la redistribution des richesses par l’impôt et c’est maintenant la nouvelle gauche portugaise qui pourrait - au conditionnel, on verra - accéder aux commandes.

Une nouvelle gauche européenne est en train de s’affirmer, tout aussi hostile à toute idée de sortie de l’Union qu’aux politiques économiques imposées par les droites européennes actuellement majoritaires parmi les 28. Une scène politique paneuropéenne s’anime et les débats dont augure cet éveil sont la meilleure des choses possibles pour la relance et la consolidation de l’Union.

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