En mettant en question le compromis nucléaire signé avec l'Iran, Donald Trump entraîne dans l'aventure le Proche-Orient et le monde

Les dés semblent joués. Après avoir redit avant-hier que c’était là le « pire accord qui soit », Donald Trump devrait annoncer aujourd’hui, contre l’avis de sa propre équipe, qu’il ne « certifie » pas que l’Iran respecte le compromis nucléaire passé avec les grandes puissances en 2015.

Pour le président américain, cette certification est une obligation légale. Il doit y procéder tous les trois mois. Donald Trump l’avait donc fait deux fois mais cette fois-ci, non, ce sera non car il entend désormais passer à l’offensive contre l’Iran en s’opposant à sa projection régionale.

En Syrie comme en Irak, du Yémen au Liban, cette projection n’a rien d’une invention. C’est bien au contraire un fait qui est l’une des premières raisons de la déstabilisation du Proche-Orient mais Donald Trump confond là deux choses, liées mais différentes, qui sont la marche de l’Iran vers la bombe et son ambition de s’imposer en première puissance de la région, au détriment de l’Arabie saoudite et de l’ensemble des pays sunnites.

C’est d’autant plus consternant que ce compromis de 2015 a pour mérite d’avoir cantonné l’Iran au nucléaire civil en échange de la levée des sanctions économiques qui le frappaient. Si les Etats-Unis en venaient vraiment à le déchirer, l’Iran achèverait de se doter de la bombe et l’Arabie saoudite et la Turquie entreprendraient de le faire.

Avec Israël, cela ferait quatre puissances nucléaires dans un Proche-Orient où chacun combat déjà l’autre et Américains et Européens se retrouveraient ainsi confrontés au dilemme auquel ils avaient échappé grâce au compromis de 2015 : aller bombarder les sites nucléaires iraniens ou laisser l’Iran entraîner tout le Proche-Orient dans une course à l’arme atomique.

Il y a quelque chose de si cauchemardesque dans le tournant qui sera pris aujourd’hui que Paris, Londres et Berlin, les trois signataires européens du compromis passé avec Téhéran s’apprêtent à le défendre ensemble et abjurent déjà le Congrès de ne pas suivre la Maison-Blanche en rétablissant les sanctions contre l’Iran.

Diplomatique et politique, une immense bataille va s’ouvrir cet après-midi. Elle va rebattre bien des cartes puisqu’elle opposera Donald Trump aux Européens, aux Russes et aux Chinois. Parallèlement, et ce n’est pas moins grave, le président iranien, Hassan Rohani, l’artisan du compromis nucléaire, va se retrouver sous le feu roulant de l’aile dure du régime, les Gardiens de la révolution contre lesquels la Maison-Blanche pourrait annoncer des sanctions spécifiques.

Ce n’est évidemment pas que l’apocalypse soit pour demain, mais on ne voit pas en quoi cette aventure freinerait la projection de l’Iran et l’on ne sait décidément pas où M. Trump mène le monde.

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