La Chine, la Russie, l’Arabie saoudite et Cuba devraient faire leur entrée au Conseil des droits de l’homme de l’ONU, soutenus par une coalition d’États, malgré leur lourd passif en matière de violations des droits. Un affaiblissement de plus de ce mécanisme de contrôle.

L’esplanade devant le Palais des Nations, siège européen des Nations Unies à Genève, qui abrite le Conseil des droits de l’homme, est régulièrement le lieu de manifestations. Ici un Tibétain, en 2013.
L’esplanade devant le Palais des Nations, siège européen des Nations Unies à Genève, qui abrite le Conseil des droits de l’homme, est régulièrement le lieu de manifestations. Ici un Tibétain, en 2013. © AFP / FABRICE COFFRINI / AFP

Quel est le point commun entre la Chine, la Russie, l’Arabie saoudite et Cuba ? Ils devraient être élus aujourd’hui membres du Conseil des droits de l’homme des Nations Unies, à Genève. Vous avez bien entendu, l’institution de l’ONU chargée de veiller au respect des droits de l’homme dans le monde, va accueillir dans ses rangs certains des États qui bafouent le plus ces droits.

Donc en pleine persécutions des populations Ouigour de l’Ouest de la Chine, après la tentative d’assassinat de l’opposant russe Alexei Navalny, ou encore après le meurtre d’État du journaliste saoudien Jamal Khashoggi, ces pays parviennent à se faire élire sans mal dans cette institution onusienne.

On pourrait en rire si ce n’était le signe d’une évolution plus sinistre : la capacité des prédateurs des droits de l’homme à réunir des coalitions d’États autour d’eux, pour leur garantir l’impunité ; réduisant ainsi à néant les mécanismes prévus internationalement pour faire face aux violations.

Dans un monde qui serait resté fidèle à l’idéal des pères fondateurs de l’ONU, à l’issue de la seconde guerre mondiale, le Conseil des droits de l’homme aurait un rôle fondamental. Soyons clairs, il a été progressivement vidé de son sens par les manœuvres des États prédateurs, et l’absence de volonté politique de ceux qui se veulent les gardiens des droits humains, rarement irréprochables au demeurant.

Le paradoxe est que le Conseil est issu d’une réforme introduite dans les années 2000 par l’ancien Secrétaire Général de l’ONU, Kofi Annan, pour empêcher le noyautage des institutions par les régimes autoritaires. C’est pourtant ce qui se passe aujourd’hui.

Le Conseil a plusieurs instruments à sa disposition, comme l’examen périodique universel de tous les pays au regard des droits de l’homme, et une équipe de rapporteurs spéciaux indépendants, dont le travail est redouté par les États. Mais sans le soutien plus actif de la communauté internationale, ces outils ont du mal à changer la donne.

Ca semble paradoxal, mais pour des raisons économiques, stratégiques, ou d’opportunité, ces pays prédateurs parviennent à coaliser suffisamment d’États derrière eux. 

La semaine dernière, 39 pays conduits par l’Allemagne ont critiqué la Chine aux Nations Unies sur le sort des musulmans Ouigours au Xinjiang. Mais Pékin a riposté en alignant 59 pays pour soutenir sa position, dont deux royaumes musulmans de poids, l’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis. Il y a deux ans, Pékin avait été l’une des premières grandes capitales à recevoir le prince héritier saoudien Mohamed Ben Salman après le meurtre du journaliste Khashoggi, quand les Occidentaux faisaient la fine bouche. Ca crée des liens…

Il n’y a pas que les autocrates qui se méfient du Conseil des droits de l’homme : l’administration Trump, mécontente d’être pointée du doigt, a claqué la porte en 2018, pas vraiment le bon exemple.

Le résultat est un monde dans lequel les droits de l’homme sont désormais placés sous la bienveillante attention de Xi Jinping, de Vladimir Poutine et du prince MBS. Peut-être un jour faudra-t-il décider que les droits humains sont une chose trop importante pour être laissés aux États.

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