C’est un peu comme si deux guerres se terminaient d’un coup – la guerre d’indépendance et son long après-guerre et celle que l’Algérie a mené, depuis près de quinze ans, contre ses islamistes. Cette langue française dont l’enseignement devient, cette année, obligatoire dès la deuxième année de l’école primaire algérienne, les premières décennies de l’indépendance avaient en effet voulu la nier. Après plus d’un siècle de présence française, tout le pays la parlait, plus ou moins bien suivant les régions et les classes sociales, mais elle était, avec la langue des Kabyles et l’arabe algérien, bien sûr, la troisième langue de l’Algérie, celle des élites et de l’ouverture au monde, une part fondamentale de l’identité algérienne. Elle l’était tellement que, pour mieux marquer la rupture avec l’ère coloniale, comme pour faire table rase d’un passé trop présent, les premiers gouvernements de l’indépendance, avaient décidé de la proscrire de la vie officielle, administrative, judiciaire et politique. « Arabisation », disait-on et, menée à grands renforts d’enseignants venus du Proche-Orient cette politique eut beaucoup d’effets pervers. L’Arabe littéraire s’ajouta aux trois langues de l’Algérie. Le pays légal parlait une langue importée que le pays réel comprenait mal et maîtrisait rarement. Le niveau scolaire s’en est ressenti malgré l’énorme effort de scolarisation entrepris à l’indépendance mais le français a si bien perduré que, jusqu’aujourd’hui, l’Algérie regarde les chaînes de télévision françaises et qu’une large partie de ses journaux sont écrits en français. Y compris dans ses plus jeunes générations, l’Algérie continue à parler français et, en 1999, lors de sa première campagne présidentielle, Abdelaziz Bouteflika avait brisé ce faux tabou. Non seulement il avait prononcé des discours en français mais la culture française, avait-il dit, fait partie de notre patrimoine national, culturel, linguistique, historique entendait-on presque dans la bouche de cet ancien dirigeant du FLN, l’un des plus jeunes dirigeants historiques de la lutte d’indépendance. Ce qu’il voulait alors dire, c’est que l’Algérie n’avait plus besoin de nier sa part française pour être algérienne, qu’elle n’avait plus de raison de se priver de son multiculturalisme pour être elle-même et que son avenir s’inscrivait dans le voisinage du Maghreb et de l’Europe, dans ses liens privilégies, donc, avec la France, beaucoup plus que dans un lien mythique avec la part proche-orientale du monde arabe. Cette année-là, le Président algérien avait tourné la page du panarabisme et entrepris de nouer une relation adulte avec la France. L’Algérie sortait de l’après-guerre, s’assumait française comme la France est romaine mais ce retour en grâce du français avait une autre signification. Il voulait aussi dire que l’Algérie refusait de substituer l’islamisme au panarabisme, qu’elle était une nation et non pas une simple part de l’Ouma, du monde musulman, contrairement à ce qu’affirmaient les islamistes. Leurs maquis sont aujourd’hui défaits et le français prend toute sa place dans les écoles algériennes.

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