C’est comme un concentré de tout le débat politique international, un étonnant rappel, aussi, des déchirements de la gauche et de la droite françaises. A la fin du printemps dernier, le chancelier Schröder décide de jouer son va-tout dans des élections anticipées. Il le fait car les mesures d’austérité qu’il a du prendre sur les retraites et l’indemnisation du chômage, la réduction de la protection sociale à laquelle il a procédé, ont fait plonger sa popularité et suscité une rébellion de l’aile gauche de la social-démocratie, son propre parti. Il sait alors qu’il a peu de chances de gagner son pari mais préfère ce risque à un lent enlisement politique. En clair, il demande aux électeurs de trancher et les sondages le donnent d’abord perdant, loin, très, très loin derrière la droite démocrate-chrétienne à laquelle le pays parait se rallier en masse. Tout semble dit. Toutes les capitales se préparent au basculement à droite de la troisième puissance économique mondiale qu’est le plus grand des pays européens mais, semaine après semaine, la donne change. D’un côté, la création d’un Parti de la gauche, nouvelle formation réunissant les dissidents de la social-démocratie et les anciens communistes d’Allemagne de l’Est, semble signer l’arrêt de mort de la coalition que le chancelier formait avec les Verts. Avec près de 10% des intentions de vote, ce Linksparteï prend assez de voix à la social-démocratie pour lui enlever tout espoir de rebond et élargir encore le boulevard qui s’offre à la droite. De l’autre… Eh bien de l’autre le chef de file de la démocratie-chrétienne, Angela Merkel se sent si sûre de sa victoire qu’elle accentue encore le tournant libéral qu’elle a imprimé à son parti. Elle fait appel à un idéologue du « Moins d’Etat », Paul Kirchhof, qui propose de refonder la fiscalité allemande sur un taux d’imposition unique de 25%. Angela Merkel promeut cet homme, lui promet les plus hautes responsabilités, se radicalise si bien que Gerhard Schröder s’engouffre dans la brèche, dénonce dans ce programme l’importation de l’économie bushiste, une réductions d’impôts pour les riches et la diminution des moyens de l’Etat, fait oublier, relativise en tout cas, les mesures d’austérité qui lui avaient tant coûté et réussit une spectaculaire remontée dans les sondages. Toutes tendances confondues, la gauche avait hier un point d’avance sur la droite. A six jours des élections, la gauche est à nouveau majoritaire en Allemagne mais comme elle est divisée, comme elle l’est tout autant que l’est la gauche française entre « nonistes » et « ouistes », Gerhard Schröder n’est pour autant pas en position d’obtenir un troisième mandat. Tout va donc bien pour la droite ? Non, pas plus car non seulement les sondages ne lui donnent plus de majorité mais elle se déchire maintenant, comme la droite française, entre partisans et adversaires de la rupture libérale à laquelle s’est imprudemment ralliée Angela Merkel. La confusion est totale. Le bouleversement économique du monde a totalement brouillé l’échiquier allemand sur lequel, comme partout, la droite et la gauche se cherchent.

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