C’est une histoire du XXI ième siècle, qui se passe en Afghanistan, pays montagneux et arrièré que les grands empires n’avaient jamais pu conquérir mais où l’Amérique, après les attentats du 11 septembre, est allé renverser le régime des taliban, hôte et protecteur d’Oussama ben Laden. Depuis, l’Afghanistan vit, de fait, sous mandat de l’Onu. La sécurité y est assurée, de plus en plus mal d’ailleurs, par des troupes de l’Otan mais l’Office des Nations Unies contre la drogue et le crime, l’ONUDC, embryon de police internationale et bureau de l’Onu, vient de révéler que l’Afghanistan assurerait, cette année, l’essentiel de la production mondiale d’opium. En un an, de 2005 à 2006, la superficie des terres afghanes consacrées à cette culture a progressé de 59% et la récolte a atteint le niveau record de 6100 tonnes, en augmentation de 49%. Un pays géré par la communauté internationale est autrement dit devenu, avec à sa tête l’Otan et l’Onu, le premier fournisseur d’un trafic mortifère contre lequel sont mobilisés tous les gouvernements du monde, celui des Etats-Unis au premier chef qui dépensent sans compter dans cette lutte. Comment expliquer cette aberration ? Comment est-ce possible ? Eh bien le plus simplement du monde. Quand l’Amérique a chassé les taliban du pouvoir, très peu d’Afghans les ont regrettés et à peu près tous se sont dit que maintenant que le plus riche pays du monde avait pris leur sort en mains, même indirectement, le temps de la prospérité était venu. Ils ont vu des écoles et des dispensaires sortir de terre, des routes s’ouvrir ou se reconstruire et des dizaines de milliers d’étrangers débarquer avec assez d’argent, espéraient-ils, pour donner un coup de fouet à l’économie. La terreur avait pris fin. Des choses ont changé mais l’Amérique, pas plus qu’en Irak, n’a déversé assez de dollars sur ce pays pour lui faire rattraper son retard. La déception a bientôt pris le pas sur l’espoir et, comme il faut bien manger, la culture de l’opium a repris de plus belle alors même, paradoxe suprême, que le puritanisme et la violence des taliban l’avaient pratiquement éradiquée. En charge de la lutte mondiale contre la drogue, le directeur de l’ONUDC, Antonio Maria Costa, appelait donc, hier, les forces de l’Otan à « démanteler les bazars à opium et traduire en justice les gros trafiquants » mais le secrétaire général de l’Organisation du Traité de l’Atlantique Nord, un respectable Néerlandais, lui aussitôt répondu que cela n’entrait pas dans le mandat de l’Otan qui « ne pouvait pas tout faire en Afghanistan » et que c’était au gouvernement de Kaboul, un gouvernement qui ne contrôle pas même sa capitale, de s’occuper de cela. Pourquoi ce refus ? Parce que les taliban relèvent la tête sur fond de misère, que l’Otan a de plus en plus de mal à les combattre et qu’elle ne va pas se mettre, en plus, à dos les paysans afghans, même si l’opium est devenu la principale ressource de ces mêmes taliban qui l’utilisent… pour combattre l’Otan.

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