La Russie vote cette année. Dans moins de trois mois, elle renouvelle la Douma, son Assemblée nationale. En mars prochain, elle élit le successeur de Vladimir Poutine auquel la Constitution interdit de se représenter une troisième fois. Toute la vie politique russe se résume depuis longtemps à savoir qui le Président sortant choisira pour lui succéder et lorsque la démission du Premier ministre, Mikhaïl Fradkov, a été annoncée hier matin, les Russes ont donc cru que les jeux étaient faits. Tout l’été, les télévisions avaient systématiquement valorisé le rôle de l’ancien ministre de la défense, Serguei Ivanov, récemment promu vice-Premier ministre. Vladimir Poutine ne ratait plus une occasion de le montrer à ses côtés. Mieux encore, dans son numéro du jour, le journal des milieux d’affaires, Vedomosti, avait annoncé le prochain départ de Mikhaïl Fradkov et son remplacement par Serguei Ivanov. Plus de doute. Tout était clair. Le président allait mettre en selle Ivanov, le successeur de son choix, exactement comme Boris Eltsine l’avait fait pour lui en 1999. Tout semblait clair mais rien ne l’est plus car quelques heures plus tard, pendant un déplacement de Vladimir Poutine dans la région de la Volga, le Président de la Douma annonçait que le nouveau Premier ministre désigné était Viktor Zoubkov. « Viktor qui ? » a-t-on alors entendu dans tout Moscou jusqu’à ce qu’on se souvienne que ce quasi inconnu avait été, au début des années 90, l’adjoint direct de Vladimir Poutine au service des relations extérieures de la municipalité de Saint-Pétersbourg et qu’il est en charge, depuis 2001, du Service fédéral de contrôle financier. Le président sortant vient, autrement dit, de placer à la tête du gouvernement le plus ancien de ses collaborateurs de l’ombre et l’homme, surtout, qui avait la haute main sur les enquêtes financières et fiscales grâce auxquelles Vladimir Poutine a dépossédé, au profit de son clan, les bénéficiaires des premières privatisations de l’époque Eltsine. Peu connu, discret et même, dit-on, timide, le nouveau Premier ministre russe est, par excellence, l’homme de confiance du Président sortant, celui qui sait – et pour cause – qui a touché combien et comment dans la valse redistribution des plus grandes entreprise du pays. Cela fait de lui un homme puissant, redoutable, totalement lié à Vladimir Poutine et tenu par lui, un homme que le Président russe pourrait vouloir installer au Kremlin pour en garder le contrôle en en contrôlant le titulaire. C’est la première hypothèse mais Vladimir Poutine n’est que la figure de proue d’un clan, la jeune génération de l’ancien KGB, qui se partage le pouvoir et ses bénéfices. Quelle que soit sa prééminence, le Président sortant n’est pas seul à décider. Il vient d’avancer un pion mais la guerre de succession ne fait que s’ouvrir.

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