Entre l’unité européenne et ses crises, il y a une étrange et forte intimité. Depuis que l’idée européenne a pris corps, à la fin de la guerre, il y a près de 70 ans, c’est toujours au moment où rien n’allait plus que l’Europe a rebondi et la journée d’hier mercredi en offre une fascinante confirmation.

Hier, les Pays-Bas votaient après une campagne électorale marquée par un rejet massif de la solidarité financière entre pays de l’Union et des politiques d’austérité prônée par la majorité des 27 Etats membres. C’est à toute la construction européenne que les Néerlandais semblaient tourner le dos et que s’est-il passé ? Loin de se détourner de l’Europe, ils ont confirmé les derniers sondages en donnant l’avantage aux deux partis qui lui sont les plus favorables comme si leurs électeurs, après avoir exprimée une énorme colère, choisissaient malgré tout de poursuivre sur la voie d’une unité sans laquelle aucun des pays européens ne pourrait plus peser dans un siècle de grands ensembles.

C’était hier soir et, le matin même, la Cour constitutionnelle de Karlsruhe, la cour suprême allemande, avait rejeté d’un bloc tous les recours déposés, de gauche et de droite, contre le Mécanisme européen de stabilité, contre l’institutionnalisation d’un fonds de solidarité financière entre les Etats de l’Union, en demandant seulement que soit renforcé le contrôle du Parlement sur les sommes débloquées dans ce cadre. La Cour a, autrement dit, donné son feu vert à plus d’intégration européenne à la seule condition qu’elle soit accompagnée de plus de démocratie. On ne peut qu’approuver cette sagesse et, parallèlement, la Commission européenne a entériné le projet d’union bancaire qui mettra toutes les banques européennes sous le contrôle de la Banque centrale européenne, chargé de veiller à leur respect des règles prudentielles.

L’Union devient le gendarme de ses banques qui seront ainsi toutes soumises à une autorité fédérale. L’Union franchit un pas de taille dans le contrôle du monde financier et s’affirme, sur ce terrain, en autorité politique transcendant les Etats. C’eut été inimaginable il y a encore peu mais tout cela n’était encore rien à côté du discours sur l’état de l’Union que la président de la Commission, José Manuel Barroso, a prononcé entre temps devant le Parlement européen.

Plus de deux décennies après, le si prudent président de la Commission a repris, hier, à son compte l’expression de « Fédération d’Etats nations » forgée par Jacques Delors en expliquant que ce fédéralisme devait désormais être l’horizon de l’Europe, que les partis européens de toute couleur devaient aller unis aux élections parlementaires de 2014 avec une tête de liste qui soit leur candidat, de la gauche, de la droite, etc. , à la présidence de la Commission et que l’union politique vers laquelle il faut marcher demandait un nouveau traité pour lequel il ferait bientôt des propositions. L’utopie fédérale est devenue hier le programme de la Commission mais une utopie réfléchie puisque José Manuel Barroso, comme François Hollande, souhaite que l’on définisse les politiques communes à mettre en œuvre avant d’imaginer l’architecture institutionnelle qui en permettrait la réalisation. L’Europe n’a jamais été dans une telle crise, économique et politique, mais elle n’a jamais semblé si décidée à s’affirmer.

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