Le parlement européen a voté pour déclencher une procédure contre la Hongrie. Le premier ministre hongrois est lâché par ses alliés du Parti populaire européen, contraints de faire un choix à neuf mois des élections européennes.

Le Premier ministre hongrois Viktor Orban au Parlement européen mardi 11 septembre, à la veille du vote.
Le Premier ministre hongrois Viktor Orban au Parlement européen mardi 11 septembre, à la veille du vote. © AFP / FREDERICK FLORIN / AFP

C’est la fin de l’impunité pour Viktor Orban, le Premier ministre hongrois et chef de file des « illibéraux » en Europe. 

Le vote majoritaire du Parlement européen, hier, en faveur du déclenchement d’une procédure contre la Hongrie, en raison des inquiétudes sur l’état de droit dans ce pays, est véritablement historique.

Il est évidemment significatif car l’Union européenne a souvent fonctionné comme un « club » dans lequel on rechigne à sanctionner ceux qui transgressent les règles communes. Cela fait longtemps que la Hongrie multiplie les atteintes à la justice, à la presse, à la société civile et défend des positions xénophobes, sans que l‘UE ne réagisse. Après la Pologne, c’est la deuxième fois que l’Article 7, qui régit les atteintes à l’état de droit en Europe, est ainsi déclenché.

Ce vote constitue une surprise, et c’est la deuxième raison de son importance, à neuf mois des élections européennes.

Le parti de Viktor Orban, le Fidesz, appartient au Parti populaire européen, le PPE, la principale formation de droite au sein du Parlement de Strasbourg. Le même groupe que la CDU d’Angela Merkel, les Républicains français, ou le parti du Chancelier autrichien Sebastian Kurz. 

Or, jusqu’à présent, le PPE privilégiait la cohésion du groupe au prix d’une ambiguïté de plus en plus difficile à gérer vis-à-vis de la ligne ouvertement autoritaire de Viktor Orban.

Ce vote a permis au PPE de sortir partiellement de cette ambiguïté, qui risquait de lui coûter cher dans la perspective des élections européennes. Angela Merkel souhaite en effet que Manfred Weber, le Président du groupe PPE à Strasbourg, soit le chef de file de cette formation pour le scrutin de mai prochain, et, s’il arrive en tête, qu’il soit choisi comme Président de la Commission européenne en remplacement de Jean-Claude Juncker.

Originaire de Bavière, où la droite montre plus de sympathie pour le voisin de Budapest que pour la Chancelière de Berlin, Manfred Weber était contraint au grand écart. Etait-il PPE tendance Orban, ou tendance Merkel ? Il a tranché hier, en votant le déclenchement de la procédure contre son ancien ami hongrois, même s’il ne va pas, pour l’instant, jusqu’à l’exclure du PPE. 

Même choix de la part du chef du gouvernement autrichien, qui a soutenu la procédure contre Budapest alors qu’il a lui-même bâti une coalition avec l’extrême droite à Vienne.

Cette rupture est lourde de sens alors que les forces populistes et d’extrême droite se sentent pousser des ailes, d’élection en élection à travers l’Europe. 

Viktor Orban, l’ancien dissident libéral de l’époque communiste qui a théorisé l’option autoritaire en Europe centrale, avait lancé une offensive risquée. Il s’était livré cet été à une attaque en règle contre Angela Merkel et sa politique migratoire, avant d’aller célébrer son amitié avec Matteo Salvini, le Ministre de l’intérieur italien et chef de file de la Ligue d’extrême droite.

Il a paradoxalement contraint la droite traditionnelle européenne à faire un premier choix, et celui-ci s’est fait à ses dépens. Viktor Orban est donc repoussé à l’extrême droite de l’échiquier à laquelle il appartient en réalité. Au moins, ça a le mérite de la clarté.

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