Ils contredisent absolument, radicalement, quotidiennement la narration que Xi Jinping veut imposer à son pays qui consiste à penser que la Chine peut devenir un pays puissant et moderne sans la démocratie. Oui mais c'est sans penser aux Hongkongais qui eux pensent totalement le contraire.

Les drapeaux respectifs de Chine et de Hong-Kong
Les drapeaux respectifs de Chine et de Hong-Kong © Getty / May James

Les manifestants de Hong Kong sont un cauchemar pour la Chine populaire parce qu'ils contredisent absolument, radicalement, quotidiennement la « narration » que Xi Jinping tente d'imposer à son pays d'abord, au reste du monde ensuite. Quelle est cette narration ?

La Chine explique que l'on peut se développer et devenir un pays puissant et moderne sans passer par la case démocratie. Ou encore que les Droits de l'homme n'ont rien d'universels, qu'ils sont une émanation de la culture occidentale et donc relatifs.

Autrement dit, les Chinois ne sont pas concernés. Le problème, c'est que les Hongkongais disent exactement l'inverse : ils veulent des élections libres, le respect de leurs libertés individuelles et collectives et tiennent à leur liberté de la presse.

Ils manifestent quasi continûment depuis la rétrocession de 1997 pour le dire encore et toujours : en 2003, en 2014 puis aujourd'hui, et depuis fin mars sans faiblir. Or, à moins d'admettre que Hong Kong n'est pas la Chine, ce qui est inenvisageable, Pékin est piégé.

Un affrontement sur les valeurs plus que sur l'avenir du territoire...

Le plus étonnant est qu'a priori, l'avenir du territoire de Hong Kong est scellé : en 2047, la période transitoire acceptée par les Chinois lors de la rétrocession s'achèvera et avec elle le fameux « un pays, deux systèmes » : Hong Kong deviendra une province chinoise comme les autres.

Tout l'enjeu est donc de savoir lequel des deux systèmes s'imposera pour le reste de la Chine : celui du Parti communiste chinois – une dictature militaro policière fondée sur une interprétation nationaliste de la « Chine éternelle et confucéenne »...

Ou celui qui prévaut à Hong Kong, à savoir un capitalisme commerçant et financier où la Justice est indépendante, ou le contrat privé ou public est sacré et où les responsables politiques peuvent être défié et défaits.

Le fameux « rule of law » hérité de la colonisation britannique. Or, depuis son arrivée au pouvoir en 2012, Xi Jinping s'ingénie justement à éradiquer toute influence occidentale de ce type. A Hong Kong, ça signifie restreindre petit à petit toutes les libertés.

Xi Jinping ne peut pas céder aux manifestants...

Jusqu'à présent, les autorités chinoises ont toujours réagi de la même façon face aux manifestations hongkongaises : elles ont laissé pourrir les mouvements en n'utilisant que des moyens policiers disons « légers » pour les contenir.

Puis elles ont attendu encore quelques semaines pour arrêter et emprisonner les meneurs. Elles ont parfois aussi fait preuve d'une certaine « créativité » répressive, par exemple en faisant enlever des éditeurs et des libraires contestataires.

C'est cette méthode que Pékin utilise depuis le début des manifestations. Il reste encore à Pékin quelques cartes à jouer pour dégonfler ces manifs : sacrifier celle qui dirige Hong Kong, Mme Carrie Lam, par exemple, qui n'est autre que la petite télégraphiste de Pékin.

Le gouvernement central a tout intérêt à ne pas aller au-delà : Hong Kong, c'est le cœur battant du capitalisme chinois, l'endroit où les investisseurs internationaux et financiers chinois viennent faire des affaires en confiance. Or c'est fragile la confiance.

Le piège se referme : ne rien faire, c'est admettre que la rue peut faire plier Pékin sur un sujet aussi fondamental que la démocratie ou les libertés ; réprimer, c'est ruiner l'image du régime qui a encore absolument besoin de commercer avec le monde.

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