L'accord diplomatique entre Emirats Arabes Unis et Israël est, certes, historique mais qu'on obtenu en échange les Emiratis ? Pas grand chose si l'on en croit la fable juive de "la chèvre dans le lit".

L’hôtel de ville de Tel-Aviv est illuminé aux couleurs du drapeau national des Émirats arabes unis après que les deux pays ont convenu de normaliser leurs relations dans un accord de paix historique négocié par les États-Unis, 13 août 2020
L’hôtel de ville de Tel-Aviv est illuminé aux couleurs du drapeau national des Émirats arabes unis après que les deux pays ont convenu de normaliser leurs relations dans un accord de paix historique négocié par les États-Unis, 13 août 2020 © AFP / JACK GUEZ

L'accord entre Israël et les Emirats Arabes Unis est vraiment « historique » : les Emirats Arabes Unis sont le 3e pays arabo-musulman à établir des relations diplomatiques avec l'Etat hébreu, après l'Egypte et la Jordanie. Ils obtiennent en échange l'arrêt du projet israélien d'annexion d'un tiers de la Cisjordanie.

mais surtout c''est le 1er pays a conclure un tel accord d'égal à égal avec Israël. L'Egypte a signé la paix en 1978 après deux guerres perdues en 1967 et 1973. La Jordanie, elle, a signé en 1994, après les accords d'Oslo, pressée par les Américains et sans contrepartie.

Cette fois les deux pays n'ont pas de guerre à effacer ou de frontières communes ; leur population et richesse sont comparables : 10 millions pour les Emirats, 7 pour Israël, 400 milliards de dollars pour les Emiratis, autant pour les Israéliens : d'égal à égal.

Les Emirats en mourraient d'envie

Bien sûr ! L'enjeu est politique et symbolique : il permet à Benjamin Netanyahu de passer pour un faiseur de paix et pour Donald Trump, pour un faiseur de deal. Même si les Emirats Arabes Unis sont le pays le plus facile à convaincre dans la région :

Depuis des années, ils « discutent » officieusement avec Israël. Ils ont même invité l'Etat hébreu à participer à l'exposition universelle qui se tiendra en 2021 dans les Emirats et on murmure qu'une synagogue « secrète » serait à la disposition des Juifs du pays.

Les Emiratis peuvent même s'enorgueillir d'avoir obtenu d'Israël le report « sine die » de l'annexion d'un tiers de la Cisjordanie. Mais on pourrait arguer que les concessions israéliennes relèvent de la tactique israélienne classique dite de « la chèvre sur le lit ».

La fable de "la chèvre dans le lit"

Un père pauvre de famille vient voir son rabbin : « impossible de vivre dans une seule pièce, les enfants crient, ma femme pleure, c'est insupportable ! » Le rabbin lui répond : met une chèvre dans ton lit. Une semaine plus tard, l'homme revient :

« C'est encore pire, la chèvre chevrote jour et nuit et fait ses besoins partout ». Retire la chèvre, lui dit le rabbin. L'homme s'exécute et revient le lendemain : « comme on est bien, tous ensemble à la maison ! ». La chèvre dans le lit de cet accord, c'est l'annexion.

Les Emiratis ont obtenu le report d'une annexion qui n'a pas eu lieu, qui provoquait dans le monde entier une réticence féroce et qui menaçait la paix avec la Jordanie alors qu'au fond, le statu quo quinquagénaire actuel est bien commode pour Israël.

En bon Français, on appelle cela la proie pour l'ombre. Par contre, cet accord ouvre une brèche pour, à l'avenir, obtenir le Graal, à savoir des relations diplomatiques avec Ryad. Pourquoi le Graal : parce que l'Arabie saoudite est la terre sacrée des Musulmans.

Le lieu où se trouve les deux mosquées saintes de l'Islam : Médine et La Mecque. Le symbole serait immense et on sait que Mohamed Ben Salman en meurt d'envie, lui qui ne cesse de proférer son admiration pour la réussite économique d'Israël. Voilà le vrai enjeu !

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