Il y a deux manières de lire ce qui se passe maintenant en Irak. L’une est rassurante, l’autre ne l’est pas. Les optimistes peuvent souligner, et c’est vrai, que même Tikrit, le berceau de Saddam Hussein et de son clan, est virtuellement sous contrôle américain, que la guerre va sur sa fin, que l’anarchie, pillages et vandalisme, n’aura vraiment duré que quelques jours et que les Irakiens, fonctionnaires des services publics, policiers ou simples anglophones, sont déjà relativement nombreux à s’enrôler sous la bannière anglo-saxonne. Plus important encore, les différents courants du régime iranien s’opposent désormais, dans les colonnes de la presse, sur l’attitude à adopter face aux Etats-Unis. Les réformateurs poussent plus que jamais à l’ouverture d’un dialogue. Les conservateurs s’y refusent mais, signe des temps, l’un de leurs principaux soutiens, l’ancien Président Rafsandjani, prône l’organisation d’un référendum alors qu’il donnerait à coup sûr raison aux partisans d’un compromis avec Washington. Moins de quatre semaines après le début des hostilités, cela peut inciter Georges Bush et Tony Blair à une certaine confiance mais ce n’est pas, là, toute la réalité. Premier élément d’inquiétude, le vide politique crée par la disparition de Saddam et l’effondrement de son régime profite, d’heure en heure, au clergé chiite, aux mollahs irakiens qui s’affirment, à Bagdad et dans le sud, comme seule force de relève. Cantonnés aux mosquées sous la dictature, étroitement surveillés, très souvent persécutés, ils n’ont pas mis trois jours à se mettre sur le devant de la scène, appelant à la fin des pillages, collectant les biens volés sous la menace de châtiments célestes et appelant, sans plus attendre, au retrait des Américains, à l’élection de dirigeants chiites par la majorité chiite et à l’instauration d’un pouvoir islamiste. Ce n’est pas la rébellion mais le clergé chiite prend date, les mollahs les plus modérés sont sous pression et l’un d’entre eux, un haut dignitaire, proche des Britannique, s’est fait assassiner à la veille du week-end. Parallèlement, au Nord, les tensions sont très fortes entre Kurdes et Arabes car les Kurdes, chassés par Saddam Hussein des villes pétrolières, veulent y revenir en force, récupérer leurs maisons, leurs biens – bref chasser à leur tour les Arabes. Les Américains tentent de calmer le jeu. Les organisations kurdes jurent qu’elles ne veulent pas pousser leur avantage mais cette situation inquiète la Turquie qui ne veut à aucun prix voir s’affirmer le Kurdistan irakien de peur que cela ne relance les revendications de ses propres régions kurdes. Et puis il y a la Syrie. Durant le week-end, Colin Powell, Donald Rumsfeld et Georges Bush, ont haussé le ton contre elle, l’accusant, pêle-mêle, de développer des armes de destruction de masse, d’avoir accordé refuge à des dirigeants irakiens en fuite et de favoriser, surtout, le passage d’armes et de mercenaires vers l’Irak. La Syrie nie en bloc mais il n’est pas du tout impossible qu’elle souhaite effectivement compliquer la tâche aux Américains qui n’ont jamais caché, pour leur part, leur volonté de la mettre au pas.

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