Gravement malade depuis de longs mois, il n’est plus le N°1 mais, à 81 ans passés, il veille. Sortant des sept semaines de réserve qu’il s’était imposé depuis qu’il a cédé la présidence à son frère Raul, 76 ans, Fidel Castro vient de fustiger « l’accès facile aux biens de consommation », ses « théoriciens » cubains et le retour au capitalisme qui se profilerait derrière ce laxisme. « Ceux qui vouent un culte à l’égoïsme, sans restriction aucune de la part de l’Etat, écrivait-il, vendredi, dans Gramma, l’organe du parti, ne construiront jamais une œuvre sociale solide et durable ». Personne n’était nommément visé par ce réquisitoire mais, en moins d’un mois, Raul Castro a pris une série de mesures plus parlantes que tous les pamphlets de la terre sur ce qu’était et continue d’être la vie dans l’un des derniers pays communistes du monde. Les Cubains ont reçu l’autorisation d’acheter des appareils électroménagers, des lecteurs de DVD, des deux roues électriques de fabrication chinois et même, quand il y en a, des ordinateurs. Jusqu’à présent, ces achats leur étaient interdits afin de ne pas aggraver les pénuries électriques. Plus décoiffant encore, ils peuvent désormais posséder des téléphones portables, pourtant très utiles aux conspirateurs, et même, révolution des révolutions, s’offrir des séjours dans les hôtels des plus belles plages de l’île, jusqu’ici réservés aux touristes étrangers et dans lesquels ils n’avaient pas même le droit de pénétrer, de peur qu’ils ne s’y livrent à la prostitution ou n’y entament des romances pouvant se terminer en mariages. Pour accéder à ces luxes, les Cubains doivent certes payer en pesos convertibles, vingt-quatre fois plus chers que le peso intérieur dans lequel est versé leur salaire, qui se monte à l’équivalent de 17 dollars par mois en moyenne. Cela relativise l’ampleur de ces changements mais, près de la moitié de la population recevant une aide des réfugiés vivant aux Etats-Unis, Cuba vient, oui, de s’ouvrir à de nouveaux lendemains. Mieux encore, une famille pourra à l’avenir acheter l’appartement qui lui est alloué et le léguer à ses enfants, comme à Moscou il y a quinze ans, et les prix d’achat agricoles ont été augmentés afin d’inciter à la culture de cette moitié de terres qui ne sont aujourd’hui plus exploitées car elles ne valent pas le travail qu’elles demanderaient. Pour Fidel, qui le suggère dans son article de Gramma en prenant l’exemple de la Roumanie, c’est un tournant de type centre-européen qui s’amorce là, une sortie du socialisme, mais il n’est pas de tout prouvé que Raul Castro veuille et puisse aller aussi loin. Il ne parle, lui que de lever ce qu’il appelle les « interdictions excessives » mais le fait est qu’il envisage de supprimer les visas de sortie, d’accorder à tous les Cubains qui en ont les moyens financiers la possibilité de sortir légalement du pays et d’y revenir. Il ne s’agirait alors plus de « micro-changements » mais d’un véritable bouleversement auquel les Russes croient tant que leurs entreprises, devenues privées, s’apprêtent à réinvestir à Cuba. Ce qui semble se chercher à La Havane, c’est une voie chinoise, libéralisation économique et parti unique.

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