Un homme, un seul, est au cœur des troubles qui viennent de secouer le pays des Thaïs, la Thaïlande, le Siam d’antan. Premier ministre de 2001 à 2006, Thaksin Shinawatra, 60 ans, est un ancien officier de police qui, après avoir reçu une bourse pour aller étudier le droit aux Etats-Unis, en revint saisi par le goût des affaires et bâtit, dans son pays, un empire de télécommunications qui avait fait de lui un multimilliardaire en une décennie. A l’instar d’un Silvio Berlusconi, il ne lui restait plus, alors, qu’à se lancer dans la politique, ce qu’il fit en créant son propre parti, « Thaï Rak Thaï », les Thaïs aiment les Thaïs, grâce auquel ce nouveau riche, toujours souriant et tout auréolé de son prestige de self made man, envoya dans l’opposition tous les partis traditionnels qui, depuis, le haïssent. Par son élection de 2001, Thaksin Shinawatra, avait bouleversé toute la politique thaïlandaise et il continua de le faire, comme Premier ministre, en brocardant constamment « l’élite de Bangkok », flattant le nationalisme et aidant les plus pauvres, paysans en tête, auquel il offrit des remises de dettes et des soins médicaux abordables. Taxé de populisme, il avait su devenir, à la fois, l’ami du peuple et celui des grandes entreprises qui n’avaient jamais connu de gouvernement aussi favorable à leurs affaires. Cet ancien policier s’était également donné l’image d’un homme à poigne, réprimant avec une violence inouïe aussi bien les trafiquants de drogue (2500 morts d’un coup) qu’une révolte de la petite minorité musulmane, dans le sud du pays. Tout souriait à Thaksin Shinawatra mais la vente d’une de ses compagnies, pour près de deux milliards de dollars, le fit trébucher lorsqu’il s’avéra que l’acheteur était singapourien et que non seulement ce nationaliste avait ainsi cédé à l’étranger, à un appendice de la Chine, une entreprise clé de l’économie nationale mais qu’il s’était, aussi, débrouillé pour que cette vente échappe au fisc. Depuis, Thaksin Shinawatra vit à Londres, sur un grand pied, et son pays va de crise en crise, toujours entre deux affrontements, parlementaire ou de rue, entre ses partisans, les « rouges », et ses adversaires, les « jaunes », qui sont de nouveau aux prises depuis la semaine dernière – deux morts et plus d’une centaine de blessés hier. Quoi qu’on ait pu dire sur lui, sur ses malversations et sa violence, Thaksin Shinawatra reste aussi adulé des laissés-pour-compte qu’il est détesté des classes moyennes et cette fracture politique ne cesse de s’approfondir. Comme dans beaucoup des pays émergents d’Asie, il y les Thaïlandais qui ont profité de la mondialisation et des investissements étrangers, d’un boom qui a transformé le pays, et ceux qui n’en voient pas la couleur, sauf lorsque leurs enfants vont grossir les rangs des bordels pour tourisme sexuel. Les premiers détestent Thaksin Shinawatra qui n’est, pour eux, qu’un affairiste et un obstacle à la stabilisation politique de la Thaïlande. Les seconds le regardent comme un vengeur, comme l’homme dont la réussite les fait rêver et qui s’était, un peu, soucié d’eux.

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