La Chine manquait à l’appel. Assoiffée de matières premières par sa croissance à deux chiffres, elle ne voulait pas compromettre ses relations avec l’Iran qui lui vend du pétrole. Tout sauf irréprochable en matière de droits de l’homme, elle ne voulait pas non plus créer un nouveau précédent de sanctions internationales qui aurait pu la gêner un jour. Rien ne l’incitait, de surcroît, à prêter la main aux Etats-Unis qui la pressaient de réévaluer sa monnaie et viennent de vendre des armes à Taïwan, l’autre Chine sur laquelle elle compte bien finir par remettre la main. La Chine, en un mot, s’inquiétait des ambitions nucléaires de l’Iran mais pas au point d’aller voter au Conseil de sécurité – où elle dispose d’un droit de veto – de nouvelles sanctions contre ce pays vis-à-vis duquel elle continuait de prêcher patience et diplomatie. La Chine posait problème, un gros problème, à Barack Obama et puis, lundi, retournement de situation. Le président Hu Jintao est longuement reçu à la Maison-Blanche. Ses porte-paroles qualifient l’entretien de « positif et constructif » tandis que ceux de Barack Obama annoncent, exultant, que les Chinois « sont prêts à travailler » à l’élaboration d’une résolution du Conseil sur des sanctions contre Téhéran. En quelques semaines, tout a changé parce que la Chine a bien du voir que les Etats-nis Unis Unis étaient autrement plus importants pour elle que l’Iran, qu’elle devait retrouver un équilibre dans ses relations avec Washington, que son émergence et son intransigeance commençaient à beaucoup préoccuper de par le monde et, notamment, que la sous-évaluation de sa monnaie était en train de liguer contre elle trop de pays qui ne supportent plus d’être inondés de produits chinois à bas prix ou concurrencés par eux. La Chine a compris qu’il y avait matière à un donnant-donnant et, pendant qu’elle s’assouplissait sur l’Iran, elle a obtenu de Barack Obama qu’il suspende une offensive contre son dumping monétaire en échange d’une promesse de réévaluation progressive. Et puis enfin, la Chine ne voulait pas se retrouver isolée au Conseil de sécurité seule aux côtés de l’Iran, maintenant que Barack Obama a réussi son rapprochement avec la Russie. Si l’on résume, ce président américain que tant de gens avaient déjà enterré en décembre a réussi depuis, coup sur coup, à faire adopter sa réforme de la couverture médicale, à donner un nouveau départ aux relations américano-russes, à rouvrir le dialogue avec Pékin et à isoler l’Iran qui n’a plus de soutiens de poids. Ni Moscou ni Pékin n’accepteront, pour autant, de voter une résolution imposant les sanctions « dures » que souhaiteraient l’Europe et l’Amérique. Le texte qui sera adopté par le Conseil restera certainement modéré mais là n’est pas l’essentiel. Outre que l’Union européenne et les Etats-Unis pourront alors y ajouter leurs propres sanctions, l’Iran se retrouve désormais dans le collimateur de l’ensemble des grandes puissances qui durciraient toutes le ton s’il faisait un pas de plus vers la bombe. L’intérêt de l’Iran serait, aujourd’hui, de chercher, et trouver, un compromis.

L'équipe

Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.