Doha, Paris, Bruxelles, les réunions se succèdent. Peut-être les points de vue finiront-ils par se rapprocher mais la Libye divise les Occidentaux. France et Grande-Bretagne, d’abord, les deux puissances européennes qui avaient bataillé ensemble pour que le Conseil de sécurité autorise les opérations militaires de protection des insurgés estiment aujourd’hui, et le font savoir, que trop de pays freinent cette intervention en refusant de s’y engager vraiment. Leur position est que, pour arriver à une solution politique, il faut accélérer l’éclatement du régime en place en y suscitant des défections décisives et que cela passe par une amplification de la pression militaire qui seule pourrait convaincre l’entourage du colonel Kadhafi de l’abandonner au profit d’un compromis avec l’opposition. La France et la Grande-Bretagne ne visent pas une victoire militaire car elle serait pratiquement hors de portée sans une intervention au sol qu’elles ne prônent pas et que la résolution de l’Onu interdit explicitement mais elles considèrent que, sans accentuation des frappes aériennes, il n’y aura pas de solution politique possible et que, pour le coup, l’enlisement menacerait. Face à ce tandem franco-britannique, la majorité des Européens reste infiniment plus réservée. Leurs raisons varient. Certains regrettent d’avoir été entrainés dans une intervention dont ils se seraient bien passés. D’autres pensent très fort qu’on connaît le colonel Kadhafi et sait comment s’arranger avec lui alors qu’on ne sait pas qui dirigerait la Libye après lui puisque l’insurrection est faite de courants disparates sans pôle dominant. D’autres encore, les plus nombreux, ne savent plus trop quoi penser et, dans l’ensemble, la majorité des Européens souhaiterait, comme les Turcs et les Africains, pouvoir trouver un compromis avec Muamar Kadhafi qui lui imposerait réformes, ouvertures et dialogue avec l’opposition en échange de son maintien au pouvoir. Et puis il y a les Etats-Unis dont la position est très oscillante. D’abord hostiles à toute intervention car ils ne voulaient pas, après l’Irak et l’Afghanistan, s’engager sur un troisième front militaire, ils avaient soudain appuyé Paris et Londres au Conseil de sécurité par crainte d’être accusés d’avoir laissé faire un massacre à Benghazi. Ils ont alors participé aux premières frappes mais se sont vite mis en retrait, n’apportant plus qu’un soutien logistique, parce que Barack Obama estime que c’est aux Européens d’agir et qu’il veut, surtout, rester sur une ligne de crête, entre une indifférence que beaucoup de ténors républicains et démocrates lui reprocheraient et un réel engagement dont il craint qu’il n’ait pas le soutien de son opinion publique. Les désaccords sont profonds. Pour l’heure, Français et Britanniques assurent à eux seuls la moitié des interventions aériennes et s’en plaignent vivement. Ils sont plutôt isolés mais ont, pour eux, l’avantage d’avoir une stratégie claire et de savoir ce qu’ils veulent. Non seulement cela condamne, bon gré mal gré, les Européens à les suivre mais les Américains durcissent à nouveau le ton car ils ne voudraient pas avoir contribué à sauver la mise au colonel Kadhafi.

L'équipe
Contact
Thèmes associés
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.