C’est l’arroseur arrosé. Pour mettre la monnaie unique à l’abri de la manipulation de ses cours par des gouvernements soucieux de faciliter leurs exportations, pour préserver l’euro de toute pression politique et s’assurer qu’il resterait une monnaie aussi forte que le mark, l’Allemagne avait arraché à ses partenaires l’indépendance absolue de la Banque centrale européenne, la BCE.

Cela posait un problème puisque l’indépendance d’une banque centrale ne peut se concevoir que si elle a en face d’elle un gouvernement avec lequel négocier afin que sa politique monétaire ne contrarie pas mais accompagne la politique économique du pays. C’est ce qui se passe aux Etats-Unis mais, en Europe, il n’y a pas de gouvernement européen, pas même de gouvernance économique commune aux pays de l’euro.

Bien plus qu’indépendante, la BCE est ainsi devenue le seul décideur commun de la zone euro et cela ne convient plus du tout aux Allemands qui reprochent aujourd’hui à son président, Mario Draghi, de mettre à mal les épargnants, les banques et les fonds de pension par sa politique d’abaissement des taux d’intérêt.

Cette politique, Mario Draghi la poursuit pour favoriser l’investissement en réduisant le coût des emprunts. Sans elle, la croissance européenne serait encore plus faible qu’elle ne l’est. C’est une bonne politique, salvatrice, absolument nécessaire mais son revers est que les placements ne rapportent à peu près plus rien ce dont beaucoup souffrent dans tous les pays de l’euro et particulièrement en Allemagne dont la population est âgée.

C’est le bon moment pour acheter un appartement ou développer son entreprise mais les vaches sont maigres pour ceux qui vivent des intérêts de leurs économies ou prêtent de l’argent, pour tous les rentiers, petits ou grands.

Alors l’Allemagne grogne et grogne tant que son ministre de l’économie, le pourtant très orthodoxe Wolfgang Schäuble, fait exactement ce dont les Allemands ne voulaient pas en tentant de faire publiquement pression sur la BCE pour l’amener à changer de politique. La contradiction est si flagrante et le malaise si grand qu’Angela Merkel est intervenue hier dans le débat en suggérant que si les gouvernements de la zone euro faisaient plus pour la croissance, le problème ne se poserait plus.

Elle a raison, tout à fait raison, sauf que les gouvernements n’ont pas les moyens de faire plus puisqu’ils se sont engagés, en commun, à réduire leurs dépenses pour réduire leurs déficits et que l’inspiratrice de cette politique de rigueur est… Mme Merkel.

L’arroseur allemand se trouve ainsi doublement arrosé.

On peut en sourire car il y a de quoi mais, plutôt que de perdre son temps à analyser les torts des uns des autres, des trop dépensiers et des trop rigoristes, peut-être serait-il temps d’en passer enfin à de vrais investissements communs dans les industries d’avenir et de faire, pour cela, de la zone euro un ensemble politique au sein de l’Union. C’est maintenant ou jamais car l’heure tourne pour l’Europe.

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