Ce matin, direction la Tchétchénie où l'on rapporte que des dizaines d'homosexuels ont été arrêtés et torturés... Trois au moins auraient été assassinés.

Anthony Bellanger.

La Tchétchénie est donc bien ce trou noir décrit par les ONG qui osent encore travailler sur place. Son dirigeant, Ramzan Kadyrov, est unanimement décrit comme un boucher, qui avec le syrien Bachar el Assad, est devenu une sorte d'étalon de la barbarie. Effectivement, les informations ont commencé à fuiter dès le 1er avril grâce à la diffusion des premiers témoignages d'homosexuels tchétchènes torturés dans le quotidien russe Novaya Gazeta.

Mais elles semblaient tellement irréelles qu'il a fallu attendre plusieurs jours pour les confirmer. Il s'agit donc bien d'une opération concertée des services de sécurité et de la police tchétchène qui dure depuis plusieurs semaines : des dizaines d'homosexuels ont donc été arrêtés, emprisonnés, torturés et au moins 3 assassinés. L'alerte a en fait été donnée par les victimes elles-mêmes qui, par centaines, chercheraient à quitter cette république autonome russe du Caucase.

On imagine que le régime tchétchène nie cette répression...

Non, il ne nie pas, il fait pire ou disons plus cynique. Le porte-parole de Kadyrov a balayé d'un revers de la main les rapports accusateurs en expliquant que cette répression était impossible puisqu' « il n'y a pas d'homosexuels en Tchétchénie ». Ramzan Kadyrov est coutumier de ce genre de facéties macabres : il n'aime rien tant qu'imiter son mentor, Vladimir Poutine, en le caricaturant au point d'en devenir presque gênant pour le président russe.

Vladimir Poutine a des opposants ? Ramzan Kadyrov les élimine comme Boris Nemtzov en 2015 sous les murs du Kremlin et par balle encore, ou comme la journaliste Anna Politkovskaya en 2006. Vladimir Poutine n'aime pas les gays ? Ramzan Kadyrov les pourchasse et les torture dans sa petite république caucasienne d'un million et demi d'habitants qui semble être devenue une prison à ciel ouvert. Le tout, sinon avec la complaisance du Kremlin.

Décidément, entre Bachar el Assad le Syrien qui gaze son peuple et Ramzan Radyrov qui pourchasse les homosexuels, Vladimir Poutine a des amis et des collègues bien encombrants.

La Tchétchénie est pourtant loin d'être le seul pays à viser les homosexuels...

C'est vrai : du Bangladesh à l'Indonésie, de l'Ouganda à la Gambie, en passant par la Russie, l'Iran et j'en passe beaucoup d'autres, s'en prendre aux gays est devenu une sorte de marqueur d'anti-occidentalisme. Pour certains régimes, les droits accordés aux gays – ou aux femmes d’ailleurs – sont le signe d’une soumission ici post-coloniale, là impérialiste, à laquelle il convient de résister coûte que coûte. C'est cela qui est dangereux : lorsque ce qui relève d'une répression morale ou religieuse j'allais dire « classique » se teinte d'un argumentaire politique. C'est là que se déchaîne le pire. Et le pire a depuis quelques jours un nom : Ramzan Kadyrov.

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