Les Sud-Coréens sont appelés aux urnes mercredi pour leurs élections législatives, maintenues malgré les mesures de précaution contre l’épidémie de coronavirus. La démocratie continue malgré la menace.

Prise de température d’un électeur sud-coréen, vendredi 10 avril à Séoul, lors des journées de vote anticipé pour les législatives du 15 avril. Toute les mesures sont prises contre le coronavirus.
Prise de température d’un électeur sud-coréen, vendredi 10 avril à Séoul, lors des journées de vote anticipé pour les législatives du 15 avril. Toute les mesures sont prises contre le coronavirus. © AFP / Jung Yeon-je / AFP

Des élections en pleine épidémie, ça vous rappelle quelque chose ?... La Corée du Sud tient mercredi ses élections législatives, alors que le coronavirus a certes été maîtrisé dans le pays, mais avec les mesures de distanciation sociale et de précaution toujours en vigueur. L’organisation du scrutin a de ce point de vue un caractère exemplaire, aussi impressionnant que la manière avec laquelle ce pays a évité le pire, après avoir été le premier à subir l’extension de l’épidémie partie de Chine.

Même si les meetings électoraux ont été interdits, tout a été fait pour assurer la sécurité des 44 millions d’électeurs, et des personnes qui tiennent les 14.000 bureaux de vote. Une période de vote par correspondance, suivie de deux jours de vote anticipé, vendredi et samedi dernier, ont déjà permis à un tiers des électeurs de déposer leur bulletin de vote, un record pour cet étalement des opérations judicieusement introduit en 2013.

Et demain, pour la grande journée, le personnel des bureaux de vote sera protégé de la tête aux pieds, des marquages au sol éviteront que les files d’attente soient trop compactes, il y aura prise de température des électeurs, et le nettoyage des isoloirs sera permanent. Des bureaux de vote ont été organisés dans les centres de soins pour Covid-19 où se trouvent encore 3200 patients. Et, détail important, les milliers de personnes encore en quarantaine chez elles pourront néanmoins voter à des heures particulières, accompagnées par des volontaires. Des moyens exceptionnels, on le voit, pour voter malgré les circonstances.

Pourquoi ne pas avoir reporté le scrutin ? Le Président sud-coréen Moon Jae-in l’a envisagé, mais y a renoncé parce qu’il tenait à montrer que l’épidémie n’empêche pas le bon fonctionnement de la démocratie. N’oubliez pas que la Corée du Sud était autrefois une dictature, et que, contrairement à une image tenace, sa jeune démocratie est bien vivante, sous le regard vigilant de la société civile. Rappelons-nous des manifestations de masse qui ont fait partir la présidente Park en 2017 pour un scandale de corruption.

C’est la même rigueur qui a permis à la Corée du Sud de « dompter » le coronavirus après une explosion du nombre de cas en février. Au total, il y a eu quelque 10.000 cas et 217 morts, avec encore 50 cas par jour découverts actuellement, contre 800 il y a deux mois. Il y a désormais un « modèle » sud-coréen, fait de tests massifs, d’isolement, et de recours à la technologie de traçage. Il a assurément fait ses preuves, sans compromettre les libertés.

Ce succès vaut au Président Moon un regain de popularité à mi-mandat qui devrait permettre à son parti démocrate de remporter ce scrutin, contre toute attente il est vrai, face à une droite très « trumpienne » privée d’arguments.

La Corée du Sud aura d’autant plus impressionné dans cette crise qu’elle se trouve dans le voisinage de la Chine et de son modèle autoritaire, et de la Corée du nord et de sa menace militaire de nouveau illustrée ce matin par un tir de missiles. On verra demain si, malgré les menaces, les électeurs sud-coréens se présentent aux urnes pour défendre leur propre modèle.

L'équipe
Contact
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.