Ils devaient partir le 1er mai : Joe Biden a finalement décidé que le dernier soldat américain quittera l’Afghanistan pour le 20ème anniversaire des attentats du 11 septembre qui avaient provoqué cette guerre sans issue et sans victoire.

Alors Vice-Président de Barack Obama, Joe Biden rencontre des militaires américains en opération en Afghanistan, en janvier 2011.
Alors Vice-Président de Barack Obama, Joe Biden rencontre des militaires américains en opération en Afghanistan, en janvier 2011. © AFP / SHAH MARAI / AFP

Ce sera le 11 septembre prochain, pour le vingtième anniversaire des attentats. Le dernier soldat américain aura donc quitté ce jour-là l’Afghanistan, le pays où les États-Unis ont mené, et, de fait, perdu, la plus longue guerre de leur histoire.

Joe Biden a tranché, repoussant de quelques mois seulement la date butoir du 1er mai que son prédécesseur, Donald Trump, avait négociée avec les talibans. Cela ne change pas grand-chose, sinon que, techniquement, les talibans pourraient estimer que les Américains ne respectent pas leur engagement, et pourraient reprendre leurs attaques contre eux. Ils ne le feront sans doute pas, s’ils sont assurés qu’il n’y aura effectivement plus de troupes étrangères quatre mois plus tard.

Les États-Unis se retirent, bien que le volet politique, qui devait être négocié entre les talibans et le gouvernement légal de Kaboul, n’ait pas abouti, et a désormais peu de chances de réussir sans la pression américaine. Ca n’est pas Saïgon en 1975, quand les hélicoptères emmenaient les derniers Américains du toit de leur ambassade avant l’arrivée des nord-vietnamiens ; mais c’est un retrait sans victoire qui laisse les Afghans seuls, face à un destin incertain.

Biden et l’Afghanistan, c’est une longue histoire, qui explique sa décision aujourd’hui. C’est même l’un des rares sujets sur lesquels il s’est opposé à Barack Obama lorsqu’il était son vice-Président. Il était en désaccord avec l’augmentation massive du contingent en Afghanistan réclamée par les généraux en 2009, et accordée par le Président après une longue réflexion.

Dans ses mémoires ("La terre promise", Fayard, 2020), Barack Obama consacre plusieurs pages à ce moment décisif. Il raconte comment le général Stanley Mc Crystal, le chef des troupes en Afghanistan, « levait les yeux au ciel chaque fois que Biden commençait à lui expliquer ce qu’il fallait faire pour mener à bien une opération antiterroriste ». Joe Biden estimait que la mission américaine était de lutter contre Al Qaeda, pas de « sauver » l’Afghanistan.

Le diplomate américain Richard Holbrooke, l’émissaire d’Obama en Afghanistan, a raconté une engueulade mémorable avec Joe Biden, qui lui a dit, furieux, en 2010 : « je n’enverrai pas mon fils risquer sa vie au nom des droits des femmes. Ca ne marchera pas, ils ne sont pas là-bas pour ça ».

Dans une certaine mesure, c’est toujours cette logique qu’il applique aujourd’hui. Joe Biden s’était fait une conviction, qu’il n’avait sans doute pas initialement, que les États-Unis ne pouvaient pas transformer l’Afghanistan en une démocratie fonctionnelle comme ils en rêvaient. Une leçon qui s’applique, de fait, à toutes les interventions occidentales des deux dernières décennies, y compris françaises.

Le problème est qu’il laisse une situation loin d’être réglée, avec une résurgence des talibans. Le gouvernement de Kaboul a certes bâti une société plus ouverte, permettant l’éducation des filles et la place des femmes ; mais qui risque de ne pas faire le poids face à la poussée des combattants islamistes.

L’accord négocié par l’administration Trump garantit les États-Unis contre le risque que le pays ne redevienne une base arrière terroriste comme en 2001 ; mais rien sur la suite des événements. Joe Biden ne voulait pas que les « boys » américains meurent pour les droits des femmes afghanes ; mais cette question risque de revenir le hanter si les choses tournent mal en Afghanistan après le 11 septembre.

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