Ce n’est pas qu’on s’aime. Entre la France et les Etats-Unis, entre Georges Bush et Jacques Chirac, les divergences de fond restent ce qu’elles sont, à peu près totales, mais la crise irakienne comme le conflit israélo-palestinien, les deux grand sujets de brouille de ces dernières années, poussent désormais à une détente franco-américaine. En Irak, la France considère que plus longtemps durera l’engagement militaire des Etats-Unis plus la crise deviendra inextricable. Elle souhaiterait donc que les Américains accepte de fixer une limite à la présence de leurs troupes, annoncent une date de retrait afin de ne pas laisser croire qu’ils s’installent dans l’occupation et de responsabiliser les forces politiques irakiennes en les amenant à chercher, dès maintenant, les modalités de leur future coexistence. Ce n’est pas le point de vue des Américains. Eux craignent, au contraire, les surenchères que pourrait susciter une annonce de retrait, même à moyen terme. Avant d’amorcer leur départ, ils veulent créer les conditions d’une stabilisation en démantelant les réseaux qui frappent, chaque jour, aux quatre coins du pays. Ces approches sont fondamentalement différentes mais, à court terme, dans la pratique, Français et Américains n’en convergent pas moins sur la nécessité de parvenir à organiser, en janvier, comme prévu, l’élection d’une Assemblée constituante, point politique que les Etats-Unis veulent marquer et étape nécessaire aux yeux de la France. A deux mois, il n’y a pas de divergence franco-américaine sur l’Irak et cet élément d’apaisement joue d’autant plus fort dans les relations entre Paris et Washington que l’évolution du conflit israélo-palestinien rapproche les deux capitales. On apprécie, à Washington, que le ministre français des Affaires étrangères, Michel Barnier, qualifie, depuis deux mois, de « courageux » le plan de retrait israélien de la Bande de Gaza. On se félicite, à Paris, que Georges Bush veuille se réengager dans la conclusion rapide d’un accord de paix. Là encore, la convergence se fait sur une étape, celle de Gaza, mais la concordance de vue est plus profonde plus à long terme que dans le cas de l’Irak car Georges Bush reparle avec insistance de la création d’un Etat palestinien, condition sine qua non d’un règlement définitif aux yeux de la France et de l’ensemble des Européens. Prudents, les Français attendent de voir mais Michel Barnier n’hésitait plus à parler, hier, dans Le Parisien, d’une « situation incontestablement nouvelle ». « 2005 doit être l’année de la paix », dit-il maintenant et c’est parce qu’il croit en cette possibilité qu’il voudrait convaincre les Américains de rapidement inscrire le retrait de Gaza dans une relance de la « Feuille de route », du plan de paix global élaboré par les Etats-Unis, l’Europe, les Nations-Unies et la Russie. C’est l’un des premiers objectifs de sa visite, demain, à Washington et il n’est pas forcément exclu qu’il soit entendu car la seule chose que refusent Américains et Israéliens est de bousculer les étapes, d’ouvrir de vraies négociations avant que le retrait de Gaza n’ait été mené à bien.

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