Les Américains l’ont enfin compris. Ils ont enfin réalisé qu’ils avaient commis l’erreur des erreurs en chassant de leurs postes de responsabilités les officiers et les fonctionnaires, médecins et enseignants compris, qui avaient été membres du Baas, le parti de Saddam Hussein. C’était une triple erreur car l’adhésion à ce parti dirigeant n’était pas un choix mais un passeport pour l’emploi, que les Américains ont ainsi privé l’Irak de ses meilleurs cadres au moment où il aurait fallu les mobiliser et que ces fonctionnaires appartenaient pour la plupart à la minorité sunnite qui s’est, en conséquence, sentie collectivement exclue du pays, privée de tout avenir. C’est cette énorme bévue qui explique l’alliance de fait qui s’était rapidement nouée entre tant de sunnites, de formation laïque, et les djihadistes d’Al Qaeda qui ont afflué en si grand nombre en Irak après l’intervention américaine. Sans cette alliance contre-nature, le niveau de violences ne serait jamais devenu aussi élevé dans le pays car les réseaux terroristes n’auraient pas disposé d’autant d’appuis, de caches et de complicité. L’ayant compris, les Etats-Unis n’ont plus qu’une obsession, réintégrer les sunnites dans le jeu politique, les détourner de la violence et des islamistes en les convainquant qu’ils ne sont pas destinés à devenir des citoyens de seconde zone. La tâche est ardue. Cela ne se fera pas en un jour mais c’est pour cela que l’ambassade américaine avait fini par promettre aux sunnites que la Constitution élaborée par une Assemblée dont ils avaient boudé l’élection pourrait être amendée par le Parlement qui sortira demain des urnes. Ce geste de conciliation avait conduit les plus modérés d’entre eux à participer au référendum constitutionnel d’octobre dernier et, sur cette lancée, l’ambassade place maintenant de grands espoirs dans la Liste nationale irakienne, un parti fondé par Iyad Allaoui, personnalité de premier plan qui a la particularité d’être à la fois chiite et totalement laïc, ancien membre du Baas et ancien opposant à Saddam Hussein avec lequel il avait rompu dès le début des années soixante-dix. Iyad Allaoui a ainsi pu réunir autour de lui d’anciens cadres sunnites, des communistes dont l’influence reste forte en Irak et ceux des chiites qui ne veulent pas voir leur clergé se lancer dans la formation d’une théocratie à l’iranienne. Non seulement ce parti vient rompre la logique communautaire dans laquelle s’enfonce l’Irak, non seulement il pourrait donc avoir du succès, mais, homme à poigne, fils d’une grande famille de commis de l’Etat et bien vu des Américains qui en avaient fait le premier Premier ministre de l’après Saddam, Iyad Allaoui aurait la carrure nécessaire à une normalisation de la situation. Pressés de pouvoir rappeler leurs troupes dont ils amorceront un retrait partiel au printemps, les Américains font donc tout pour le soutenir dans ces élections. C’est le moins hasardeux des paris qu’ils puissent faire mais, même si le parti de Iyad Allaoui entrait en force au Parlement et même si les Kurdes décidaient de le soutenir, il faudrait alors compter avec les Chiites, 60% de la population, qui n’applaudiraient pas le retour des sunnites, des laïcs et des baassistes sur le devant de la scène. L’Irak n’en a pas fini avec la violence.

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