On a évité le pire. Le Conseil européen, la réunion des vingt-cinq chefs d’Etat et de gouvernement, qui s’ouvre aujourd’hui à Bruxelles ne se transformera pas en pugilat sur la Turquie. Grâce au compromis trouvé, lundi, par les ministres des Affaires étrangères, grâce à cette décision de ne pas renvoyer l’ouverture des négociations avec Ankara mais de seulement les suspendre sur plusieurs dossiers en raison du litige sur Chypre, le Conseil pourra faire bonne figure mais où en est le projet européen ? Réponse : ça va mal. Oh, bien sûr, la machine tourne. Il y a un marché commun, une solide et même trop solide monnaie commune à beaucoup des plus anciens membres, une Commission et une Cour de Justice qui veillent au respect des Traités. L’Europe existe et l’on ne dira jamais trop que ses membres se porteraient encore beaucoup moins bien sans cette monnaie et ce marché commun mais l’Union fait du surplace, sans grands projets, sans plus marcher vers cette Europe politique, l’Europe puissance dont le monde aurait pourtant tant besoin, sans avancer, surtout, vers cette démocratie européenne qui permettrait à ses citoyens de débattre de ses grandes options économiques et diplomatiques et de porter à sa tête une majorité chargée d’incarner et d’appliquer leurs choix. L’Europe est en panne et la seule vraie décision que le Conseil pourra prendre sera de « maintenir et approfondir le développement de l’Union, dira la résolution, tout en poursuivant son programme d’élargissement ». Que signifie cette obscurité alambiquée ? Que défensive et frileuse, l’Union ne veut plus entendre parler de nouveaux élargissements avant de savoir où elle en est. Elle n’a pas tort. Quand on ne sait plus comment faire quoi et que la règle de l’unanimité est toujours en vigueur, il serait totalement déraisonnable de s’élargir encore mais l’Union voit-elle, entrevoit-elle, les voies d’un rebond institutionnel et donc politique ? Non. Il n’y avait pas de plan B dans les tiroirs et, avant de chercher à en esquisser un, l’Union doit au moins attendre de savoir qui va prendre les commandes de la France et de la Grande-Bretagne. Cela met à l’été, à la fin du semestre de présidence allemande qui commencera en janvier. Puis on testera des idées, cherchera des consensus qui ne seront pas aisés à dégager. Ce sera 2008 et il est peu probable que l’Union ait beaucoup progressé d’ici 2009, date des prochaines élections européennes qui ne devraient ainsi pas passionner grand monde. Alors ? Tout est perdu ? Non la machine tourne mais rien ne se fera sans une volonté politique, sans des idées nouvelles et fortes qui ne pourront venir que de la France car tous ceux des pays qui ne veulent rien de plus qu’une Europe marché, libérale et dérégulatrice, se satisfont pleinement de la panne actuelle. La nouvelle impulsion devra venir de Paris. C’est pour cela que les programmes européens des candidats présidentiels seront à examiner à la loupe.

L'équipe
Mots-clés :
Nous contacter
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.