Tout n’est pas déjà réglé. Seul des pays membres à ratifier ce nouveau traité européen par voie référendaire, l’Irlande pourrait encore lui dire « non » et recréer l’impasse institutionnelle. Ce n’est pas impossible mais, comme ce n’est pas, non plus, le plus probable, la question est désormais de savoir ce que l’Europe va, ou devrait faire maintenant qu’elle a surmonté cette crise. D’ici au printemps, l’Union devra dégager une position commune sur le Kosovo. Ce ne sera pas facile car le désaccord est profond entre ceux des Européens qui craignent le précédent que constituerait une reconnaissance de l’indépendance de cette province serbe et ceux qui considèrent que cette indépendance est d’ores et déjà acquise et qu’il serait vain de vouloir la refuser. A plus long cours, l’Union devra s’atteler à la définition de politiques communes de l’immigration, de l’environnement, de lutte contre le terrorisme et contre le crime organisé. Maintenant que le nouveau gouvernement polonais n’y fait plus obstacle, elle va pouvoir reprendre le dossier de la coopération avec la Russie pour tenter de parvenir, avec cette puissance en devenir, à des accords de partenariat économique et politique assurant la stabilité du continent Europe. L’Union devra également trancher, dans ses relations avec les pays méditerranéens, entre l’option française de l’invention d’un nouveau cadre et la relance, comme le propose l’Allemagne, des forums existants. Les dossiers en attente sont innombrables. Tous sont urgents et semés d’embûches mais l’urgence des urgences, le dossier dont dépendent tous les autres, est l’affirmation économique de l’Union. Sans une vraie croissance et sans investissements dans l’avenir, sans une politique économique volontariste et concertée, non seulement l’Union semblera tourner à vide et perdra tout intérêt aux yeux des Européens mais chacun de ses Etats membres reculera sur la scène internationale au profit des grands ensembles, nouveaux et anciens. Cette ambition se heurtera, comme toujours, au refus farouche des Britanniques qui voient dans toute définition politique de priorités économiques une tentation dirigiste, étatiste, une ombre de planification soviétique. David Milliband, leur ministre des Affaires étrangères, vient de le répéter mais la chance de l’Europe est que la Grande-Bretagne n’ait pas adopté l’euro et ne siège donc pas dans l’eurogroupe, la réunion des pays de la monnaie unique. Loin de Londres, cet eurogroupe est le cadre idéal dans lequel organiser des convergences économiques et industrielles et affirmer, en même temps, une instance politique à même de promouvoir une concertation avec la Banque centrale européenne, la BCE, qui doit rester indépendante mais ne doit plus être seule à décider, par sa politique monétaire, de notre avenir commun. C’est le grand chantier à ouvrir et le second, avec la Grande-Bretagne cette fois-ci, sera celui de la Défense européenne car il n'y aurait que naïveté, pour l'Union, à continuer de faire dépendre sa protection des Etats-Unis.

L'équipe
Mots-clés :
Nous contacter
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.