En recul dans les sondages et agressé, hier, par un déséquilibré qui lui a cassé une dent, Silvio Berlusconi a désormais un émule en Amérique latine. Richissime candidat de la droite chilienne, patron d’une chaîne de télévision, actionnaire de la compagnie d’aviation nationale LAN, propriétaire d’un club de football et présent dans à peu près tous les secteurs de l’économie, Sebastian Pinera vient d’arriver en tête du premier tour de la présidentielle, pas encore sûr de remporter le second, le 17 janvier, mais bien placé pour. Contrairement au président du Conseil italien, c’est un homme qui ne fait pas tache dans un salon bourgeois ou une réunion internationale. Economiste formé à Harvard, Sebastian Pinera sait très bien se tenir mais il fonde son attrait, comme Silvio Berlusconi, sur sa réussite personnelle et l’idée qu’il serait à même de hisser l’économie chilienne aux mêmes sommets que ses propres affaires. Ses liens passés avec la dictature du général Pinochet qui lui avait permis de jeter les bases de sa fortune mais avec laquelle il avait su rompre à temps ne lui portent pas plus tort que les ombres maffieuses pesant sur les origines de la richesse de Silvio Berlusconi et, troisième point commun, Sebastian Pinera profite des divisions d’une gauche bonne gestionnaire mais trop modérée pour être mobilisatrice. La présidente sortante, la socialiste Michelle Bachelet à laquelle la Constitution interdisait de briguer un deuxième mandat consécutif, est plébiscitée dans les sondages par 77% des Chiliens. Si elle avait pu se représenter, sans doute aurait-elle été facilement réélue mais le candidat qu’elle soutenait, Eduardo Frei, 67 ans, n’a ni sa spontanéité ni son charme. Elu deuxième président, en 1994, du Chili de l’après Pinochet, c’est un homme austère, presque rigide, fils d’un ancien président démocrate-chrétien assassiné par la dictature, plus que parfaitement honorable mais tout le contraire d’une bête de télévision et incarnation, surtout, de cette coalition de centre gauche qui avait réuni, en 1990, la gauche et le centre gauche pour tourner la page Pinochet et qui finit, aujourd’hui, par dater. Vingt ans après la junte, le Chili ne peut plus se définir par le seul rejet de cette période sanglante. Il lui faut se réinventer une gauche et une droite du nouveau siècle, des forces plus définies que cette coalition au pouvoir depuis deux décennies et si traumatisée par les années noires qu’elle ménage la droite, canalise la gauche et campe dans un centre incolore, voire sans saveur. C’est ainsi que Sebastian Pinera, 44% des voix, s’est imposée à droite en candidat de la modernisation conservatrice tandis qu’à gauche, un iconoclaste de 36 ans, Marco Enriquez-Ominami, dit MEO, a fait un tabac, 17% des suffrages, en décidant de secouer la cocotier. Fils d’un dirigeant de l’extrême gauche, également assassiné par la junte, adopté par un sénateur socialiste et élevé en France où sa mère s’était réfugiée, MEO a fait campagne sur l’écologie, la protection sociale et la libéralisation des mœurs. Il a horrifié la droite catholique et le centre gauche mais réveillé toute une partie de la jeunesse et fractionné la gauche qui a maintenant un mois pour recoller les morceaux.

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