« Discipline », « rigueur », « discipline budgétaire », « rigueur » – le vocabulaire d’Angela Merkel variait peu depuis deux ans mais elle vient d’y ajouter un nouveau mot qui n’est pas indifférent. Les pays de la zone euro, a-t-elle déclaré hier à l’issue d’un entretien avec le secrétaire-général du principal syndicat allemand, doivent prêter autant d’attention à la croissance économique qu’à la discipline budgétaire.

C’est exactement ce que voulait entendreNicolas Sarkozy, ce que disent, jour et nuit, la plupart des économistes et ce que martèle aussi François Hollande qui entend renégocier, s’il est élu, l’accord européen de vendredi dernier pour la principale raison qu’il ne dit pas mot de la nécessité de booster la croissance européenne qui flirte maintenant avec l’inexistence.

Sans croissance de la consommation, il n’y a pas de croissance des ventes et de la production industrielle, pas de croissance des salaires, de l’emploi et des rentrées fiscales Sans croissance économique, les possibilités de désendettement des Etats se limitent à l’augmentation des impôts et à la diminution des dépenses publiques, remèdes dont l’addition réduit encore la croissance et conduit à l’augmentation des déficits et de la dette et non pas à leur réduction.

La chancelière était, jusqu’à présent, la seule à ne pas le comprendre ou, du moins, à ne pas le reconnaître et si elle a, enfin, prononcé le mot magique c’est pour la triple raison qu’elle ne voulait pas admettre l’évidence avant d’avoir arraché au reste de l’Europe les engagements de rigueur qu’elle en a obtenus, que les perspectives de l’économie allemande tendent à s’assombrir et appellent une relance et que les investisseurs ne s’inquiètent pas seulement de l’endettement de l’Europe mais également de la faiblesse de sa croissance.

C’est l’amorce d’une bonne nouvelle et il est frappant qu’Angela Merkel en vienne aux réalités au moment où vient d’être entériné par les 27 moins la Grande-Bretagne le principe d’un pilotage commun des économies européennes. L’Union à 26 est virtuellement dotée d’un gouvernement commun. Ses 26 chefs d’Etat et de gouvernement se sont condamnés à sortir l’économie européenne de l’ornière ou à chacun payer le prix électoral d’un échec commun et on entre ainsi dans le vif du débat.

Relance et désendettement, les objectifs à atteindre sont clairs mais comment y parvenir ?

Ce n’est pas être exagérément pessimiste que de prédire la cacophonie. Entre les pays de la vieille Europe qui veulent mettre terme au dumping fiscal à l’intérieur de l’Union et les nouveaux pays membres pour lesquels la faiblesse de leurs impôts sur les sociétés est la condition de leur développement, entre les libéraux, les conservateurs et les sociaux-démocrates, entre ceux qui prônent le saut dans l’économie verte pour organiser une révolution industrielle et ceux qui défendent le nucléaire bec et ongles, l’accord sera tout, sauf facile à trouver.

Le bon sens progresse plutôt vite en Europe mais il n’aura pas triomphé tant que l’électorat paneuropéen ne pourra pas mettre aux commandes une majorité politique paneuropéenne avec un programme clair pour l’Europe.

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