Leurs mots sont différents mais la Russie et l’Otan font désormais la même analyse. « Le régime syrien, disait hier, le secrétaire-général de l’Otan, Anders Fogh Rasmussen, est en train de s’écrouler ». Une poignée d’heures plus tard, le vice ministre des Affaires étrangères russe, Mikhaïl Bogdanov, l’homme qui est en charge du Proche-Orient à Moscou, ajoutait lui qu’on « ne pouvait malheureusement plus exclure la victoire de l’opposition syrienne » (car) « Damas, disait-il, perd de plus en plus de terrain ».

On en est, autrement dit à un tournant, au moment où la Russie elle-même ne mise plus sur la survie du régime syrien et cela rebat donc les cartes diplomatiques. Après s’être vainement obstiné à défendre Bachar al-Assad et empêcher l’Onu d’agir contre lui, le Kremlin cherche désormais à sortir de l’impasse dans laquelle il s’était placé parce que Vladimir Poutine ne voulait pas que la chute d’un nouveau tyran donne des idées à son propre peuple.

La Russie voudrait maintenant retrouver une position commune avec les Occidentaux et, hier toujours, ici, à Istanbul où Mikhaïl Gorbatchev avait discrètement réuni un symposium de très haut niveau pour débattre de l’avenir du Proche-Orient, les diplomates russes ne cachaient pas que leur objectif était maintenant de se rapprocher des Etats-Unis sur la question syrienne.

Nous y travaillons, disait en aparté l’un d’entre eux. C’est en bonne route, ajoutait-il, et lorsqu’on lui demandait sur quelles bases pourraient se recoller les morceaux, les deux conditions qu’il évoquait n’avaient rien d’impossible. La première est que les Occidentaux s’engagent à ne pas intervenir militairement en Syrie, ce qui pose d’autant moins de problème qu’ils n’en ont nulle intention. Et la seconde est que les grandes puissances réunies s’assignent pour objectif de tenter d’organiser une transition négociée entre le pouvoir et l’insurrection, entre les insurgés et des hommes du régime, pas forcément Bachar al-Assad dont la cote parait en chute libre à Moscou.

On verra. La Russie se réveille un peu tard mais elle a encore une carte à jouer puisqu’elle pourrait se faire l’intermédiaire qui permettrait à la fois d’accélérer les choses, d’éviter que le sang ne coule plus encore et que l’écroulement militaire du régime, surtout, ne débouche sur des massacres de ses partisans ou supposés tels – sur un bain de sang qui ferait éclater la Syrie et menacerait gravement la stabilité régionale. Il reste une chance de l’éviter et cette chance est russe, à la condition sine qua non que le Kremlin sache la saisir, et vite.

L'équipe
Mots-clés :
Nous contacter
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.